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samedi 31 mars 2012

Le bonheur créatif

Jiddu Krishnamurti (1895-1986), philosophe indien, développe dans ses ouvrages l’idée générale qu’une transformation de l’être humain ne peut se faire qu’en se libérant de toute autorité, de toute idéologie. Voici quelques idées sur ce qu’il appelle le «bonheur créatif» :

«Un métier n’est qu’une partie de la vie, mais il existe aussi d’autres parties qui sont cachées et mystérieuses. Privilégier une partie et nier ou négliger le reste ne peut que conduire à une activité bancale et morcelée. Et c’est précisément ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui, avec ses conflits sans cesse plus grands, sa confusion et sa misère. Il y a, bien entendu, quelques exceptions, les créateurs, les heureux, ceux qui sont en contact avec quelque chose qui n’a pas été fait par l’homme et qui ne sont pas dépendants des choses de l’esprit.

Vous et moi avons intrinsèquement la capacité d’être heureux, d’être créatif, d’être en contact avec quelque chose qui est au-delà des griffes du temps. Le bonheur créatif n’est pas un cadeau réservé à quelques-uns, mais pourquoi la majorité des gens ne connaît-elle pas ce bonheur? (…) Le bonheur créatif n’a aucune valeur marchande, il n’est pas possible de le vendre au plus offrant, mais c’est bien quelque chose qui peut se partager entre tous.»

C’est le bonheur que je nous souhaite.

Source : Krishnamurti, Commentaires sur la vie, tome 2. Paris, Buchet /Chastel, 1973, pp. 8-10

dimanche 6 mars 2011

Hivernité

                                                              (photo : Roger Joannette)

Quelle randonnée magnifique en raquettes dimanche dernier au Mont Saint-Pierre ! L’hiver est à son meilleur ici : une neige poudreuse, une température pas trop froide (-14). Dix-huit kilomètres de pur bonheur ! Inspirant.
après-midi d’hiver
le plaisir de la raquette
mes pas dans les tiens
(Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010)

vendredi 11 février 2011

Aller à l'essentiel

                                                           (photo : Roger Joannette)

Une randonnée en montagne. Le soleil. Le froid, le vent, la neige. Une mésange à tête noire qui s’active dans les épinettes. Tout est là ? Oui. L’essentiel, la Vie, le matériau brut à utiliser pour laisser apparaître les haïkus. C’est tout.
matin de grand froid
ma boussole indique le nord
au sud
(Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010)

jeudi 6 janvier 2011

Épiphanie et créativité

Aujourd’hui, 6 janvier, fête de l’Épiphanie. Pour l’écrivain irlandais James Joyce, une épiphanie est une manifestation spirituelle, un moment privilégié et fugitif de créativité que l’écrivain doit enregistrer et traduire dans l’écriture, sous la forme d’un petit poème en prose. En ce sens, l’épiphanie se rapproche du haïku. Philippe Forest[1] parle du haïku de Roland Barthes (auteur de L’empire des signes), en relation avec l’épiphanie au sens joycien du terme (p. 163) :
         « Barthes reconnaît dans l’épiphanie quelque chose d’analogue à ce qu’il nomme pour sa part « incident » - où quelque chose survient, apparaît – et dont il souligne l’affinité avec le haïku, par quoi se manifeste une certaine figure de la vérité, qui s’exprime dans la littérature japonaise selon la théorie zen du satori. (…) Le texte bref, explique Barthes, est expression du « C’est ça » - soudaine révélation du réel surgissant dans la nudité même d’une apparition irréductible à tout commentaire. En ce sens, épiphanie et haïku s’apparentent à la photographie, livrant également une expérience du « C’est ça ». (…)
Par le poème – haïku ou épiphanie – comme par la photographie, quelque chose fait image et (…) a valeur de marque laissée dans le temps par un évènement, évènement qui ne peut pas être exactement raconté mais comme désigné, pointé du doigt de manière à faire signe vers un certain moment de vérité…»
Joyeuses épiphanies !


[1] Philippe Forest, « Haïku et épiphanie : avec Barthes, du poème au roman », Ebisu,  numéro 35, printemps-été 2006, pp. 159-165