vendredi 15 mars 2013

Mars



le vent dans les arbres
le jeu des ombres
sur la neige

tiré de Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.
Photo © Louise Vachon

samedi 2 mars 2013

Chigetsu-ni

Pour diverses raisons, les renseignements sur les femmes haïkistes, provenant de sources diverses, ne convergent pas toujours. Il en est ainsi de Chigetsu-ni, pour certains née en 1622, pour d’autres en 1632 ou en 1640. On sait peu de choses d’elle, sinon qu’après la mort de son époux, elle devient nonne et se consacre à son art. Elle est, non seulement une contemporaine de Bashô, mais son écriture est influencée par le style du  maître. On dit même qu’elle a fait partie de son école. La date de son décès est également incertaine (1708, 1718, 1736).

le rossignol!
mes mains au-dessus de l’évier
s’interrompent

Sur la pointe des pieds
mon fils m’invite à regarder la lune
la montrant du doigt

En fondant,
la neige
ravive les pousses

Fin d’année –
tirée par mes petits-enfants,
je me lève avec peine.

Un grillon,
dans la manche de l’épouvantail,
chante.

Pour lire les haïkus de Chigetsu-ni et d’autres femmes haïkistes :
Haïjins japonaises, Du rouge aux lèvres. Anthologie traduite du japonais et présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku. La Table Ronde, 2008. 265 p.

mercredi 13 février 2013

Février

derrière moi
un bruit de pas
l'écho de mes raquettes
 
tiré de Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.
 
Photo © Roger Joannette


dimanche 3 février 2013

Chiyo-ni


On parle volontiers des « auteurs » classiques de haïku. Plusieurs femmes ont également écrit. On en parle encore trop peu dans l’histoire du haïku japonais. L’une de ces auteures est, sans contredit Chiyo-ni (1703-1775), peintre et poète. Elle mène, semble-t-il, une vie assez autonome pour l’époque, faite de voyages et de rencontres poétiques. Elle est l’élève de Shiko Kagami, disciple de Bashô. Femme d’une grande beauté, un poète compose ce haïku pour elle :

ne fais pas tomber le voyageur
de son cheval
belle herbe

Elle travaille une grande partie de sa vie dans le commerce familial de calligraphie et de peinture. Elle délaisse toutefois le commerce, à l’âge de cinquante ans, et devient nonne. La poésie devient son art de vivre. La voie spirituelle et la démarche artistique se confondent chez elle. Elle publie deux recueils de haïkus. En français, on peut lire Chiyo-ni – bonzesse au jardin nu, aux éditions Moundarren, 2005.

le rouge à lèvres
ma bouche a oublié
ah! l'eau de la source


 

le son de la cloche du soir
immobilisé dans le ciel
les cerisier en fleurs

 

nuit de neige
seul le son du seau

descendant dans le puits

 

fraîcheur!
le bas de ma robe soulevé par le vent
dans le bosquet de bambous

 

l'eau limpide
ni dedans
ni dehors

le vent qui passe les disperse
les rassemble
les pluviers

première neige
ce que j'écris s'efface
ce que j'écris s'efface

dans la rue derrière
des ronflements épanouis
nuit de pleine lune

adieu
fleur du monde flottant
fleur de coquelicot

pluie de printemps
toute chose
embellit

le liseron
au seau du puits s’est enroulé
à mon voisin je vais quémander de l’eau

interrompant mon rêve
le chrysanthème sur le tatami
vient d’éclore

On peut remarquer, chez Chiyo-ni, des haïkus de la nouvelle année :

d’une coupe de saké épicé du nouvel an
jusqu’à une autre coupe
premier plaisir de l’année

voilée, dévoilée
montagne après montagne
première brume de l’année

batifolent les grues
jusque dans le ciel
premier soleil de l’année

Le dernier haïku qu’elle écrira de sa main est celui-ci :

l'eau est limpide et fraîche
les lucioles s'éteignent
rien d'autre

Elle dicte ce dernier poème avant de mourir :

j'aurai vu la lune aussi
à ce monde
adieu

Pour lire des haïkus de Chiyo-ni, voir le site de Nekojita.
Source illustration : Wikipédia

samedi 19 janvier 2013

Buson

Yosa Buson (1716-1783), peintre et poète, est l’un des quatre grands maîtres du haïku (Bashô, Buson, Issa, Shiki). Buson a, à sa manière, renouvelé le haïku au XVIIIe siècle en popularisant le haïga, peinture ou dessin accompagné d’un haïku. Il est l’auteur d’environ 3000 haïkus.

Buson voyage, puis mène une vie simple : il s’installe dans un temple et vit de peinture, de calligraphie et de poésie. À compter de 1770, il devient un peintre « bunjin-ga » très recherché. Le bunjin-ga (peinture de lettrés) ou nan-ga (peinture du Sud) est l’œuvre de lettrés de culture confucéenne, connaisseurs de la poésie chinoise. C’est une peinture à l’encre de Chine, monochrome, qui représente le plus souvent des paysages.

Voici quelques-uns de ses haïkus :

Dans la brume de printemps
le vol blanc
d’un insecte au nom inconnu

Dans les jeunes herbes
le saule
oublie ses racines

Délice
de traverser la rivière d’été
sandales en main!

Pour celui qui part
pour celui qui reste –
deux automnes

Les montagnes au loin –
reflet dans les prunelles
d’une libellule

Une souris piétine
une assiette –
bruit froid!

Dans la chambre
ce froid vif sous mon pied –
le peigne de ma femme morte


Pour aller plus loin : William J. Higginson with Penny Harter, The Haiku Handbook. Tokyo, Kodansha International, 1985. 331 p.
Corinne Atlan et Zéno Bianu, Haïku. Anthologie du poème court japonais. Paris, Gallimard, 2002.
Source des illustrations : Wikipédia
 

mercredi 16 janvier 2013

Janvier sous zéro


la lune de janvier

les cornes en l'air

grands froids


tiré de Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.

Photo © Roger Joannette

mercredi 9 janvier 2013

Janvier


 
 
dans la neige folle
les traces fraîches
d’un lièvre
 
tiré de Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.
Photo © Roger Joannette