jeudi 5 novembre 2015

Une réflexion de Jack Kerouac sur le haïku


« Dans ce pays, on peut comprendre toute la parfaite beauté des haï-kaï que nous ont légués les poètes d’Extrême-Orient. Ces gens ne se laissaient pas enivrer par la nature; ils gardaient toute la fraîcheur d’esprit des enfants. Ils décrivaient ce qu’ils voyaient sans artifice ni procédés. (…) Un véritable haï-kaï doit être simple comme la soupe (en anglais, Kerouac dit : « as simple as porridge ») et cependant avoir la saveur de la réalité. Le plus beau des haï-kaï est probablement celui-ci :


Le moineau sautille sur la terrasse,
Il a les pattes mouillées.

C’est un poème de Shiki. On voit les traces des petites pattes mouillées avec les yeux de l’imagination. Et cependant, dans ces quelques mots, il y a aussi la pluie qui est tombée ce jour-là. On sent presque le parfum des aiguilles de pin humides. »


Référence : Jack Kerouac, Les clochards célestes (The Dharma Bums). Paris, Gallimard, 1963. Collection Folio 565, p.  94-95.

dimanche 18 octobre 2015

Automne





le foin de mer jaunit
les oiseaux sont immobiles
le fleuve attend l’hiver



dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010, p. 3




dimanche 27 septembre 2015

Ce qu'ils ont dit : Dany Laferrière


Notre Immortel, Dany Laferrière, en entrevue du journal La Presse, confiait, il y a quelques années, les « 5 B » de sa vie de lecteur. En bref, des écrivains qu’il fréquente régulièrement : Bashô, Bukowski, Borges, Boulgakov, Baldwin. Sur Bashô, grand maître de haïku, il dit ceci :

«En route vers l'aéroport, j'ai toujours Bashô dans ma valise. Je connaissais Bashô pour l'avoir croisé parfois dans certaines revues underground. C'est un maître de cet art japonais du bref - le haïku. Trois vers, pas plus, et le tour est joué. Le haïku exige un sens de l'observation que notre époque a oublié. Qui, à part Bashô, entend la douleur de la cigale dans son cri?

Rien ne montre dans leur cri
Qu'elles vont mourir
les cigales


Il n'y a pas de morale chez Bashô. La cigale devient son cri, et ce cri traverse l'espace et le temps. Bashô un photographe de l'émotion. Son grand poème : «La Route étroite vers les districts du nord» reste à mon avis l'un des plus émouvants textes de la littérature universelle. Parce qu'il mêle la poésie à la prose, et les deux à la vie.»

Source (texte cité et image) : le blog d’Alain Mabanckou, Les 5« B » de ma vie de lecteur, par Dany Laferrière, 9 octobre 2007, citant un article de La Presse.  

mardi 4 août 2015

Prix Jocelyne-Villeneuve 2015





Les haïkus gagnants des Prix Jocelyne-Villeneuve de Haiku Canada sont connus. J’ai eu le plaisir de gagner le 3e prix.


1er prix – Ginette Poirier :
arbres dénudés
plus d’espace
pour le ciel

2e prix – Minh-Triêt Pham (France) :

sur la vitre du train
l’empreinte
de son regard

3e prix – Louise Vachon :

froid intense
à travers mes cils
des gouttes de lumière


Mentions honorables :

Pas vraiment inquiet
le bœuf en gagnant le prix
des bêtes à viande
(Gerard Mathern, France)

Depuis quinze ans
Il rouille sans hâte
Le barbecue dans l’herbe
(Marc Bonetto, France)

Lettre de la famille
petit bonheur du soldat
soudain un éclair
(Pascal Descorsiers, France)

soir d’automne
en vieillissant je préfère
le thé vert
(Gérard Dumon, France)

retardant
la tombée de la nuit…
flamants roses
(Cesar Ciobica, Roumanie)

cette femme
qui ne sait plus son nom
je l’appelle maman
(Gerard Dumon, France)


lundi 27 juillet 2015

Antonio Machado


Antonio Machado (1875-1939), poète espagnol, publie dès 1901 dans un journal littéraire et fait paraître son premier recueil, Soledades (Solitudes), en 1903. Il fait partie du mouvement artistique de la fin du XIXe siècle, la « Génération de 98 » qui essaie de revitaliser la production culturelle espagnole en la renouvelant. Il fait carrière aussi comme professeur de français à Soria puis à Ségovie. Dans la foulée de la guerre civile d’Espagne, engagé pour la cause de la république démocratique, il est contraint de fuir vers la France. Il mourra d’épuisement sur la route de l’exil, à Collioure, en 1939.



Les adeptes de longue randonnée connaissent déjà l’extrait d’un poème d’Antonio Machado qui dit :


Caminante no hay camino,
Se hace camino al andar.

Marcheur, il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant.

Antonio Machado pratique le haïku dans un style bien personnel qui lui apparaît propre à atteindre l’essentiel, l’absolu de la parole poétique :

Tus sendas de cabras
y tus madroñeras,
Córdoba serrana!

Tes chemins de chèvres
et tes madroñeras (peuplements d’arbustes de la famille des éricacées)
Montagnes de Cordoue!

La primavera ha venido.
¡Aleluyas blancas
de los zarzales floridos!

Le printemps est arrivé.
Blanches alléluias
Des ronces fleuries!


Junto al agua negra.
Olor de mar y jazmines.
Noche malagueña.

Près de l’eau noire.
Odeur de mer et de jasmin.
Nuit de Malaga.

La cigüeña absorta,
sobre su nido de ramas,
mirando la tarde roja.

La cigogne absorbée,
sur son nid de branches,
regardant le soir rouge.


En mi soledad
he visto cosas muy claras
que no son verdad.

Dans ma solitude
j’ai vu des choses très claires
qui ne sont pas vraies.

Source : Pour lire les haïkus deMachado (en espagnol).


dimanche 28 juin 2015

Promesse d'été





malgré le froid
la brume sur l’eau
promesse d’été



dans Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009, p. 4

mardi 19 mai 2015

Sauvagine


les bernaches
remontent vers le nord
escale


dans Laisse de mer, 
Éditions du Glaciel, 2009, p. 5


Photo : © Louise Vachon