dimanche 17 avril 2016

Journée internationale du haïku



les bernaches
remontent vers le nord
escale


dans Laisse de mer, Éditions du Glaciel, p. 5.

mercredi 23 mars 2016

Printemps




des croassements
et un envol soudain
la tempête des corneilles


dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010, p. 35



Photo : © Louise Vachon

mardi 8 mars 2016

José María González de Mendoza


José María González de Mendoza, né à Séville (Espagne) en1893 et décédé à Mexico en1967, a été poète, critique, traducteur et diplomate.

Il quitte l’Espagne et déménage à Mexico en 1910, année de la Révolution mexicaine. Il travaille comme comptable et commence à publier des textes et des poèmes dans diverses revues. En 1923, il se rend en France pour poursuivre ses études au Collège de France et devient correspondant pour le journal El Universal (Mexico). Il retourne au Mexique en 1928.

Il travaillera, par la suite, dans le service diplomatique du Mexique à Paris. Il occupe diverses fonctions liées aux affaires étrangères en Belgique, au Portugal et à Cuba, tout en menant sa carrière littéraire. Il reçoit plusieurs décorations, dont l’Ordre national de la Légion d’honneur de la République française.

Admirateur de José Juan Tablada, ses haïkus sont empreints de simplicité.  En voici quelques-uns :

Mi vida es muda,
ni novia ni amistades…
¡Ah, sí ! La luna.

Ma vie est muette,
sans amis ni petite amie…
Ah oui ! La lune.


Ambición / Ambition :

La gota de agua
Cayendo, cayendo,
Se sueña Niágara.

La goutte de pluie
Qui tombe, qui tombe,
On rêve du Niagara.

Dos paisajes / Deux paysages :

Colinas :
Valles y cimas
¡La vida !

Les collines
Vallées et cimes
La vie !

El rojo acento
De tus labios me llama
Donde me quemo

Le rouge accent
De tes lèvres me nomme
Où je brûle

Quelques haïkus dans : El Rincóndel Haiku.org 
On peut lire également dans Internet un texte (en espagnol) ayant pour titre Los haijines mexicanos 

Photo : © Louise Vachon


mardi 16 février 2016

Février sur le fleuve




le Saint-Laurent
piégé dans une buée givrée
grands froids


dans Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009, p. 35



Photo : © Roger Joannette

mardi 2 février 2016

Kireji : la césure


Photo : © Louise Vachon


Un lecteur m’écrit, me proposant un de ses haïkus où il est question d’un gardien de parc qui souffle sur une coccinelle posée sur un tract. Il me demande si c’est un haïku et, si oui, est-ce que c’est un « bon » haïku ?

Le haïku que vous proposez – oui, c’en est un – forme une phrase complète. Sujet, verbe, complément. Le haïku se présente quelquefois ainsi, bien que, selon les règles officielles, le haïku comporte ce qu’on appelle, en japonais, un kigo, ou « mot de saison »  - la coccinelle ici en est un, elle évoque l’été (nous y reviendrons) – et surtout, une césure ou kireji.

Qu’est-ce qu’un kireji ?  La césure est une pause qui sert à donner une tournure particulière au haïku et le fait évoluer. Le kireji au Japon désigne un mot, ya ou kana, et il existe plusieurs kireji aux significations particulières en versification japonaise. En français, on peut toujours utiliser des mots ou des onomatopées (ah !, oh !, déjà, etc.) qui font un peu artificiel mais qui se justifient parfois. Le haïku occidental étant disposé sur trois lignes, il est commun de privilégier un moment de pause entre deux vers et le troisième, soit après la 1re ligne ou après la 2e, comme si les deux segments étaient séparés du troisième par une virgule ou un point.

Puisqu’en haïku, selon les règles officielles, on ne doit pas utiliser d’émotions, ni être purement descriptif, la césure est un moyen de regarder d’un autre angle, de suggérer une signification particulière au haïku. L’art du haïku nous fait prendre conscience de ce qu’il y a de beau, d’insolite, de vrai, d’extraordinaire même, dans la vie de tous les jours. Que remarquez-vous d’un événement ordinaire ? Transcrivez-le, sans émotion explicite, mais avec les mots qui feront surgir cette émotion chez le lecteur. Voilà le « bon » haïku.

Voici un haïku qui illustre la césure après le 2e segment :

Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés (césure ici)
Soir d’automne.
(Bashô)

Comment s’initier au haïku ? D’abord, lorsque le genre nous intéresse, il faut en lire le plus possible. Et puis, selon notre tempérament, si on désire échanger sur le sujet et confronter nos créations, des groupes d’échange existent un peu partout, dont les membres se rencontrent périodiquement.

Des groupes existent aussi dans la sphère Internet et sur les médias sociaux où il y a également partage des écrits des participants. Depuis quelques années, le mois de février est un mois de création et de partage de haïkus dans Internet : c’est le Mois national d’écriture de haïkus, le NaHaiWriMo (National Haiku Writing Month). En français, les haïkistes sont invités sur Facebook à partager un haïku par jour pendant tout le mois de février.

mardi 26 janvier 2016

Lumière d'hiver




ce soir
randonnée au clair de lune
les arbres dansent



dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010, p. 14

Photo : © Roger Joannette

lundi 11 janvier 2016

Ce qu'ils ont dit - Victor-Lévy Beaulieu



Pour le magazine L'Actualité, Victor-Lévy Beaulieu, écrivain québécois (né en 1945) s'exprime sur l'écriture dans une entrevue, réalisée en 2010, avec des journalistes français. L'oeuvre de M. Beaulieu est colossale : autour de 80 ouvrages publiés dans les domaines du roman, théâtre, essai, conte, chronique, en plus des recueils de lettres et des oeuvres écrites pour le cinéma et la télévision. Ses romans sont souvent des pavés de 600 à 1400 pages. Un des journalistes, Olivier Mony, lui demande :

«Êtes-vous tenu de faire du VLB? interroge Olivier Mony. Pourriez-vous décider : «J'en ai marre, je fais minimaliste»?»  Bouffée de pipe. «Ce qui m'importe est de prendre la parole.» Re-bouffée de pipe. «J'ai déjà fait l'exercice du minimalisme avec un recueil de haïkus (Vingt-sept petits poèmes pour jouer dans l'eau des mots, 2001)... Mais c'est passé dans le beurre!»

… ce qui signifie que son recueil est passé totalement inaperçu, hélas.

En voici quelques-uns :


Le trottoir, la rue,
Le matin. Bruits de talons.
Le travail déjà.

La boulangère –
Ses cuisses aussi brunes
Que le pain du jour.

Au fond, cette cour.
Vois la corde à linge
Que tisse le vent.

Dans ma main je tiens
Cette pomme. Un cheval roux
Mord vite dedans.

Le chasse-neige
Comme une queue de veau
Dans la tempête.

En vert sur le mur
Carte des rues de Dublin :
Pays de Joyce.

Tombe la neige
Siffle et gifle le vent.
L’hiver perdure.

Table de pommier
Livres empilés dessus
De la lumière.

Source : Danielle Stanton, VLB raconté aux Français, L’Actualité, 12 octobre 2010.

Référence : Victor-Lévy Beaulieu, Vingt-sept petits poèmes pour jouer dans l’eau des mots. Éditions Trois-Pistoles, 2001, 67 p.