José María González de Mendoza, né à
Séville (Espagne) en1893 et décédé à Mexico en1967, a été poète, critique,
traducteur et diplomate. Il quitte l’Espagne et déménage à
Mexico en 1910, année de la Révolution mexicaine. Il travaille comme comptable
et commence à publier des textes et des poèmes dans diverses revues. En 1923,
il se rend en France pour poursuivre ses études au Collège de France et devient
correspondant pour le journal El
Universal (Mexico). Il retourne au Mexique en 1928. Il travaillera, par la suite, dans le
service diplomatique du Mexique à Paris. Il occupe diverses fonctions liées aux
affaires étrangères en Belgique, au Portugal et à Cuba, tout en menant sa
carrière littéraire. Il reçoit plusieurs décorations, dont l’Ordre national de la
Légion d’honneur de la République française. Admirateur de José Juan Tablada, ses
haïkus sont empreints de simplicité. En
voici quelques-uns :
Un lecteur m’écrit, me proposant un de
ses haïkus où il est question d’un gardien de parc qui souffle sur une
coccinelle posée sur un tract. Il me demande si c’est un haïku et, si oui,
est-ce que c’est un « bon » haïku ? Le haïku que vous proposez – oui, c’en
est un – forme une phrase complète. Sujet, verbe,
complément. Le haïku se présente quelquefois ainsi, bien que, selon les règles
officielles, le haïku comporte ce qu’on appelle, en japonais, un kigo, ou « mot de
saison » - la coccinelle ici en est
un, elle évoque l’été (nous y reviendrons) – et surtout, une césure ou kireji. Qu’est-ce qu’un kireji ? La césure est
une pause qui sert à donner une tournure particulière au haïku et le fait
évoluer. Le kireji au Japon désigne
un mot, ya ou kana, et il existe plusieurs kireji
aux significations particulières en versification japonaise. En français, on
peut toujours utiliser des mots ou des onomatopées (ah !, oh !, déjà,
etc.) qui font un peu artificiel mais qui se justifient parfois. Le haïku
occidental étant disposé sur trois lignes, il est commun de privilégier un
moment de pause entre deux vers et le troisième, soit après la 1re
ligne ou après la 2e, comme si les deux segments étaient séparés du
troisième par une virgule ou un point. Puisqu’en haïku, selon les règles
officielles, on ne doit pas utiliser d’émotions, ni être purement descriptif,
la césure est un moyen de regarder d’un autre angle, de suggérer une
signification particulière au haïku. L’art du haïku nous fait prendre
conscience de ce qu’il y a de beau, d’insolite, de vrai, d’extraordinaire même,
dans la vie de tous les jours. Que remarquez-vous d’un événement
ordinaire ? Transcrivez-le, sans émotion explicite, mais avec les mots qui
feront surgir cette émotion chez le lecteur. Voilà le « bon » haïku. Voici un haïku qui illustre la césure
après le 2e segment :
Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés (césure ici)
Soir d’automne.
(Bashô)
Comment s’initier au haïku ?
D’abord, lorsque le genre nous intéresse, il faut en lire le plus possible. Et
puis, selon notre tempérament, si on désire échanger sur le sujet et confronter
nos créations, des groupes d’échange existent un peu partout, dont les membres
se rencontrent périodiquement. Des groupes existent aussi dans la
sphère Internet et sur les médias sociaux où il y a également partage des
écrits des participants. Depuis quelques années, le mois de février est un mois
de création et de partage de haïkus dans Internet : c’est le Mois national
d’écriture de haïkus, le NaHaiWriMo (National Haiku Writing Month).
En français, les haïkistes sont invités sur Facebook à partager un
haïku par jour pendant tout le mois de février.
Pour le magazine L'Actualité, Victor-Lévy Beaulieu, écrivain québécois (né en 1945) s'exprime sur l'écriture dans une entrevue, réalisée en 2010, avec des journalistes français. L'oeuvre de M. Beaulieu est colossale : autour de 80 ouvrages publiés dans les domaines du roman, théâtre, essai, conte, chronique, en plus des recueils de lettres et des oeuvres écrites pour le cinéma et la télévision. Ses romans sont souvent des pavés de 600 à 1400 pages. Un des journalistes, Olivier Mony, lui demande : «Êtes-vous tenu de faire du VLB? interroge Olivier Mony. Pourriez-vous décider : «J'en ai marre, je fais minimaliste»?» Bouffée de pipe. «Ce qui m'importe est de prendre la parole.» Re-bouffée de pipe. «J'ai déjà fait l'exercice du minimalisme avec un recueil de haïkus (Vingt-sept petits poèmes pour jouer dans l'eau des mots, 2001)... Mais c'est passé dans le beurre!» … ce qui signifie que son recueil est
passé totalement inaperçu, hélas. En voici quelques-uns :
Le trottoir, la rue,
Le matin. Bruits de talons.
Le travail déjà.
La boulangère –
Ses cuisses aussi brunes
Que le pain du jour.
Au fond, cette cour.
Vois la corde à linge
Que tisse le vent.
Dans ma main je tiens
Cette pomme. Un cheval roux
Mord vite dedans.
Le chasse-neige
Comme une queue de veau
Dans la tempête.
En vert sur le mur
Carte des rues de
Dublin :
Pays de Joyce.
Tombe la neige
Siffle et gifle le vent.
L’hiver perdure.
Table de pommier
Livres empilés dessus
De la lumière.
Source : Danielle Stanton, VLB raconté aux Français, L’Actualité, 12 octobre
2010. Référence : Victor-Lévy Beaulieu, Vingt-sept petits poèmes pour jouer dans
l’eau des mots. Éditions Trois-Pistoles, 2001, 67 p.