jeudi 19 janvier 2017

Shiori


Selon l’école « Shômon » de Bashô, voilà un troisième principe à respecter dans la création de haïkus, le shiori. Ici, plusieurs définitions semblent possibles. Celle qui consiste à dire que le shiori, c’est ce qui émane du poème sans être explicitement formulé, ce qui fait image, qui suggère quelque chose. D’autres auteurs définissent le shiori comme étant la sympathie envers la nature, l’empathie envers les êtres. Or, cette dernière définition rejoint davantage le principe d’hosomi, dont nous parlerons plus tard, et qui se traduit par l’attention et la sympathie portée aux petites choses de la vie. Pour Jane Reichhold et William J. Higginson, le mot signifie « penché, fané » et implique une sympathie mêlée d’ambiguïté. C’est le cas des haïkus qui réfèrent à des images délicates, voire pathétiques.

Devant toutes ces définitions possibles, que peut-on en déduire?

Devant l’éclair –
sublime est celui
qui ne sait rien!
                       Bashô

Pour aller plus loin :
Bashô, Seigneur ermite. L’intégrale des haïkus, La table ronde, 2012.
Haïku – Anthologie du poème court japonais. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. Gallimard, 2002.
William J. Higginson, The Haiku Handbook, Tokyo, Kodansha International, 1985.
Jane Reichhold, Writing and Enjoying Haiku, A Hands-on Guide. Tokyo, Kodansha International, 2002.

Photo :  © Roger Joannette



mardi 13 décembre 2016

Décembre



la première tempête
s’abat sur la ville
puis le silence


Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010, p. 7
Photo :  © Roger Joannette

mercredi 16 novembre 2016

Wabi



Par définition, le haïku, qui cherche la simplicité, est souvent imprégné de wabi. Le wabi, c’est la beauté, la sérénité des choses simples associée à une certaine austérité. Ainsi, la vie monastique, une scène campagnarde, le calme de la nature reflètent le wabi. C’est peut-être à cause du wabi qui imprègne les poèmes qu’on associe souvent le haïku au zen et à la méditation. En voici quelques exemples :

Vieil étang
une grenouille plonge
le bruit de l’eau


À l’est, à l’ouest
le même sens du beau –
Vent d’automne



Devant l’éclair
sublime est celui
qui ne sait rien!

Bashô

Dans mon bol de fer
en guise d’aumône
la grêle

Taveda Santôka

Le Bouddha m’accorde
un peu de temps –
je fais la lessive

Hôsai

Au sanctuaire –
sur les pérales de magnolia
des fleurs de cerisier

Ryôkan

En poésie française, certains poèmes des Méditations poétiques d’Alphonse de Lamartine traduisent le wabi. Voici un extrait de L’Automne :

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire;
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.

En poésie québécoise, on peut citer, entre autres, Hector de Saint-Denys Garneau :

Les ormes

Dans les champs
Calmes parasols
Sveltes, dans une tranquille élégance
Les ormes sont seuls ou par petites familles.
Les ormes calmes font de l’ombre
Pour les vaches et les chevaux
Qui les entourent à midi.
Ils ne parlent pas
Je ne les ai pas entendus chanter.
Ils sont simples
Ils font de l’ombre légère
Bonnement
Pour les bêtes.

(Regards et jeux dans l’espace)

Pour aller plus loin :
Bashô, Seigneur ermite. L’intégrale des haïkus, La table ronde, 2012.
Haïku – Anthologie du poème court japonais. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. Gallimard, 2002.
William J. Higginson, The Haiku Handbook, Kodansha International, 1985.
Laurent Mailhot et Pierre Nepveu, La poésie québécoise, des origines à nos jours. Typo, 2007.

Photo : ©️Roger Joannette

vendredi 11 novembre 2016

Un haïku de Leonard Cohen


Silence
and a deeper silence
when the crickets
hesitate

Le silence
et un silence plus profond
quand les grillons 
hésitent

mardi 25 octobre 2016

Haïku d'automne




mariage d'oiseaux
la fuite
devant l'hiver

dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010, p. 5.
Photo : ©️Louise Vachon

mercredi 12 octobre 2016

Sabi


Bashô, universellement reconnu comme étant le père du haïku, a élaboré de son vivant des principes, pour l’écriture de haïkus, qu’il appliquait à son école. L’un de ces principes, le sabi, peut se définir comme la conscience du passage du temps et de l’altération qui en résulte, infligée aux êtres et aux choses. On fait ainsi référence à des notions de vieillissement, d’usure. C’est ainsi qu’on parlera de la patine du bronze, de la rouille du fer, de l’usure des ans, des lichens, du bois vermoulu, des cheveux blancs, du déclin, du regret du temps passé, etc. Quelques exemples :


Les gardiens des fleurs
rapprochent en devisant
leurs têtes chenues

                            Kyoraï

Une courge cireuse –
La forme de nos visages
tout altérée

                            Bashô

la flopée de mouches
échappe à ses claques
ah! cette main ridée

                        Issa

Rien ne bouge
Que le ciel d’été
Lichen sur les pins

                                      Shûson Katô

Mes facultés
de discernement cessent –
Fin de l’année

                          Bashô

Cette notion ne nous est pas étrangère. On connaît, en poésie française, La Chanson d’automne de Verlaine (« Les sanglots longs des violons de l’automne… ») ou encore Les Feuilles mortes de Prévert (« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi… ») ou encore, en poésie québécoise, ce passage de La marche à l’amour de Gaston Miron :

puis les années m’emportent sens dessus dessous
je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau (…)

C’est aussi le poème Lassitude, de Rina Lasnier :

Lassitude, ô ma lassitude de vivre!
Plus lasse que toutes les lassitudes.
Plus lasse que la chair lasse de se meurtrir et d’aimer,
que la chair opprimée d’un poids rebutant,
que la chair qui lutte et impuissante se rend (…)



Pour aller plus loin :
Bashô, Seigneur ermite. L’intégrale des haïkus, La table ronde, 2012.
Henri Brunel, Sages ou fous les haïkus?, Calmann-Lévy, 2005.
Philippe Costa, Petit manuel pour écrire des haïku, Éditions Philippe Picquier, 2000.
William J. Higginson, The Haiku Handbook, Kodansha International, 1985.
Laurent Mailhot et Pierre Nepveu, La poésie québécoise, des origines à nos jours. Typo, 2007.

Texte et photo : ©️ Louise Vachon