lundi 1 avril 2019

Photo et haïku - une rencontre poétique éphémère




après-midi d’hiver
le plaisir de la raquette
mes pas dans les tiens



© Photo : Roger Joannette





La photographie est « pré-texte », disent certains auteurs, représentation du réel, saisie de l’instant, récit d’un moment, souvenir, mémoire. Tout cela.

Le haïku aussi, à sa manière.

La photo renvoie à une histoire à reconstruire pour celui qui regarde l’image. Lorsqu’un haïku est présent, on cherche ainsi à créer un lien qui n’existait pas à l’origine, bien que le texte ne soit pas purement descriptif de la photo. On remarque, la plupart du temps, le haïku inscrit directement sur la photo. En ce sens, cette façon de faire est celle des haïgas, qui marient dessin, peinture ou estampe et calligraphie japonaise. En ce qui me concerne, le haïku n’est jamais écrit sur la photo choisie pour l’accompagner. Image et poésie ne sont ensemble que le temps d’un instant. Après, ils sont libres de reprendre leur route.

Pour moi, la photo qui intègre l’écriture dans un même cadre, comble des besoins bien précis : publicité, pages-titres de journaux et de magazines, pages Web, médias sociaux, cartes postales, etc. En revanche, dans les magazines spécialisés de photographie artistique ou documentaire, ou encore en photojournalisme, jamais on ne voit d’image sur laquelle on y a inscrit un texte. C’est ainsi que la photographie et le haïku doivent rester libres.

La principale raison est que l’œil ne décode pas l’image de la même façon si un message y est inscrit. Dans ce cas, l’œil est attiré par l’image mais, en balayant la surface, l’œil est distrait par les mots, il sort du cadre –  encore davantage si le message est inscrit au bas ou dans un coin de la photo –  ce qui amoindrit le message transmis, quelle que soit la qualité de l’écriture ou de la photo. 

De plus, comme nous sommes deux personnes (photographe et poète de haïku/tanka) qui produisons dans chacun notre domaine, il y aurait risque de confusion en associant définitivement texte et image. La jonction de la photo et du haïku ouvre plutôt la voie à d’autres associations de poèmes et d’images. Ainsi, ces œuvres de création profitent pleinement de leur liberté et sont appréciés séparément, mais aussi ensemble dans une rencontre poétique éphémère.

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Texte publié dans Gong # 63, Revue francophone de haïku, avril-juin 2019, p. 8.

jeudi 17 janvier 2019

Premier haïku

J’ai déjà raconté, dans Paroles du Japon, qui reprend le titre du livre de Hugues Malineau, comment j’ai eu le coup de foudre pour le haïku, en 2000. J’ai lu, par la suite, plusieurs livres concernant le haïku et également les écrits de plusieurs auteurs, de toutes nationalités, que j’ai découverts, entre autres, sur le site HAIKU & CO, puis Haïku sans frontières, d’André Duhaime. Évidemment, comme le dit si bien Roland Barthes, « Le haïku a cette propriété quelque peu fantasmagorique, que l’on s’imagine toujours pouvoir en faire soi-même facilement. » Tout en découvrant le haïku, mes premiers essais, le 10 juin 2000. En voici un, inédit :


plaintif et solitaire
le chant de la tourterelle
l’appel de l’été

J’ai aussi le souvenir du premier triparshva (renkuprésentant des règles particulières) bilingue auquel j’ai participé, en 2005-2006, avec le Britannique John Carley (1955-2014) comme sabakite ou meneur de jeu. Les autres participantes étaient Janick Belleau, Monique Parent et Danyelle Morin, Micheline Beaudry étant invitée à produire une intervention.

Ce renku a été produit par échanges de courriels. À tour de rôle, nous écrivions trois haïkus et le groupe choisissait le haïku final. Je me souviens d’avoir proposé, comme première participation :

sur ma table de travail
l’agenda
ouvert à la première page

Nous étions un premier janvier. Mon agenda m’attendait et commençait à se remplir, mais la première page était un jour férié, exempt de contraintes et de rendez-vous. Jardin d’hiver / Winter Garden a, par la suite, été publié dans la revue Gong d’octobre 2006 et dans le journal en ligne Simply Haiku, en anglais et en français au printemps 2007.


Paru dans Gong, Revue francophone de haïku #60, juillet-septembre 2018, p. 16.

Image : Hara, Asa no Fuji, Hiroshige, 1832. 
Source : The New York Public Library Digital Collection


mercredi 28 novembre 2018

Un haïku pour le climat



Le collectif Un haïku pour le climat vient de paraître, coédité par le CLER – Réseau pour la transition énergétique, l’Association francophone de haïku et les Éditions L’iroli. Ce collectif regroupe les haïkus sélectionnés lors du concours CLER, « Un haïku pour le climat », qui remporte chaque année, depuis 2015, un franc succès, et par un appel à textes des Éditions L’iroli.

Je suis fière d’y participer : 

la clarté lumineuse
du soleil sur toutes choses
fin d’hiver

(Un haïku pour le climat, p. 113)

mercredi 27 juin 2018

Lire la poésie

Dans le bref essai, fort intéressant, de Jean-François Poupart, Lire la poésie, on peut lire ceci :

(…) Le XIXe siècle inventera aussi de nouvelles formes : le pantoum, emprunté au malais, le poème en prose et le vers libre, vraisemblablement inventé par Arthur Rimbaud dans deux poèmes des Illuminations : Mouvement et Marine, poèmes aquatiques, justement. Le XXe siècle n’est pas en reste, bien que, selon moi, seulement deux formes « nouvelles » furent proposées, soit le calligramme d’Apollinaire (il inventa le nom mais « La dive bouteille » de Rabelais serait le premier de cette forme) et le haïku japonais, dont l’imitation française ne respecta que rarement la règle originale fondée sur une suite de trois vers de cinq, sept puis cinq syllabes. Les autres inventions formelles sont du domaine de l’expérimentation : poésie blanche, poésie noire, interaction avec d’autres formes d’art, musique, peinture, happening, slam, performance, Web, etc.


Source : Jean-Marie Poupart, Lire la poésie, Montréal, Poètes de brousse, 2018, pp. 48-49.

mardi 29 mai 2018

Pourquoi j'aime le haïku?


 Parce que cette forme si brève et si simple rejette le superflu en se concentrant sur l’essentiel. On pourrait même dire, à la limite, qu’il chemine vers le néant lorsqu’il devient minimaliste. Même si on tente, autant que possible, d’éviter les rapprochements avec le zen, la démarche n’en demeure pas moins spirituelle, dans le sens où le dépouillement et le détachement président à sa création. Branché le plus souvent sur la nature, le haïku n’entretient pas nécessairement de rapport descriptif avec la réalité, mais permet d’aller plus loin, mettant parfois en évidence une symbolique, un élément esthétique, une atmosphère particulière, qui ne sont pas exposés explicitement à la lecture du haïku. Le haïku nous communique ainsi beaucoup plus de choses qu’il n’y paraît. Réussi, c’est le poème auquel on ne peut ajouter ou retrancher un seul mot. On va même jusqu’à dire qu’un bon haïku, lu à haute voix, ne devrait rencontrer que le silence chez l’auditeur. C’est sans doute ce que Roland Barthes, dans L’empire des signes, appelle « la vision sans commentaire ». Ce qui est aboli, ce n’est pas le sens, c’est la finalité : le haïku ne sert à aucun des usages concédés à la littérature, soit instruire, exprimer, distraire.

paru dans la revue Gong, juillet-septembre 2017, p. 5.

Image : Hiroshige, 1832. Source : The New York Public Library Digital Collection