dimanche 18 décembre 2011

Haïkus des années folles

On fait des découvertes intéressantes dans Internet. Par exemple, la revue littéraire Le Pampre, qui a été publiée de 1922 à 1926. Le numéro 10/11, paru en 1923, apparemment reproduit dans son intégralité, porte sur le haïkaï  français et regroupe 283 haïkus, tankas et autres poèmes de plusieurs haïkistes français sous la direction de René Maublanc : Paul-Louis Couchoud, Julien Vocance, Albert Poncin, et plusieurs poètes méconnus aujourd’hui. À noter les poèmes de Paul Éluard, Max Jacob, Jules Renard et quelques tercets philosophiques de Frédéric Nietzsche.

mardi 6 décembre 2011

La pleine conscience de l'instant



L’instant présent est le seul qui nous appartient. Dans notre réalité, le passé ou l’avenir n’existent que dans notre cerveau. Quand nous sommes dans l’instant, sommes-nous vraiment là ? Le présent est rempli de rêveries, de préoccupations de toutes sortes qui se succèdent les unes aux autres dans notre esprit, de sorte qu’il est difficile d’être vraiment dans la plénitude du moment. C’est ce qu’illustre le haïku de Bashô :


Même à Kyoto
au cri du coucou
Je rêve de Kyoto.

Pour Jon Kabat-Zinn, « nous saturons le temps dont nous disposons tout en nous plaignant par la suite de ne pas l’avoir vu passer. »

Référence : Jon Kabat-Zinn, L’éveil des sens. Paris, Ed. Les Arènes, 2009. Pocket  14424, pp. 446-448.

vendredi 25 novembre 2011

Biscuits chinois

Dans l’esprit du haïku, quoique d'un genre différent, une parution récente aux Éditions du Passage, 6o biscuits chinois de Lew Yung-Chien. Cet artiste, né à Shanghai, est diplômé de l’École supérieure des arts modernes de Paris. Il enseigne le taï-chi à Montréal et se consacre également à divers arts tels que la calligraphie, la photographie, la peinture et la poterie. 6o biscuits chinois est un florilège de pensées positives inspirantes, agrémentées de dessins. Quelques exemples :

Le cycle de la vie est circulaire. Faut-il pour autant toujours tourner en rond ?

Dans la vie comme en photographie, il faut savoir saisir l’instant.

L’argent est comme l’eau salée : plus on s’y abreuve, plus on a soif.

Référence : 60 biscuits chinois. Montréal, Éditions du Passage, 2011. 128 p.

jeudi 17 novembre 2011

Novembre

Temps froid. La neige, sans doute pour bientôt.

matin glacial
dans ma poche mon cellulaire
tout chaud

Tiré de Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.

mercredi 9 novembre 2011

L'éveil est un saut en parachute hors du rêve

Ces mots sont ceux du poète suédois Tomas Tranströmer, né à Stockholm en 1931, prix Nobel de littérature 2011. Poète renommé, il a écrit une quinzaine de recueils et remporté plusieurs distinctions. Dans les années 50, il a été un ami proche du poète et haïkiste américain Robert Bly, ce qui l’a amené vers le haïku. En voici quelques-uns, extraits de La grande énigme, Ed. Le Castor Astral, 2004 :

Renne en plein soleil.
Les mouches cousent et cousent encore
son ombre sur le sol.

Mon bonheur s'amplifiait
et les grenouilles chantaient dans les
marais de Poméranie.

Sur une saillie rocheuse
on voit la fissure du mur des trolls.
Le rêve, un iceberg.

Les pensées sont à l'arrêt
comme les carreaux de faïence
de la cour du palais.

À lire : l’article de Roland Halbert dans la revue Ploc¡ d’octobre 2011.

mercredi 2 novembre 2011

Bashô, maître de haïku

D’où vient le célèbre haïku de Bashô, celui que tous les débutants connaissent?
vieil étang
une grenouille plonge
le bruit de l’eau

Bashô demeurait dans un ermitage et vivait comme un moine, tout en demeurant laïc. On raconte, dans Bashô, maître de haïku, de Hervé Collet et Cheng Wing Fun, que le maître zen Butcho et le disciple Rokuso Gohei lui rendirent un jour visite dans son ermitage au Bananier.

Sur le champ Rokuso Gohei demande à Bashô :
« Alors qu’en est-il de la Loi du Bouddha dans un jardin aussi calme, au milieu des herbes et des arbres? »
« Les grandes feuilles sont grandes, les petites feuilles sont petites », lui répond Bashô.
Maître Butcho intervient à son tour :
« Ces derniers temps, où en es-tu? »
« La dernière pluie a lavé la mousse verte. »
« Et qu’en est-il de la Loi du Bouddha avant même que la mousse ne se soit formée? »
Juste au moment où maître Butcho termine sa question, retentit le bruit de l’eau produit par le plongeon d’une grenouille dans l’étang tout proche.
« D’une grenouille qui plonge le bruit dans l’eau », répond Bashô. 

Le satori, l’éveil en quelque sorte, est affaire de méditation. Le poète traduira son expérience en mots.

Source : Hervé Collet et Cheng Wing Fun, Bashô, maître de haïku, Paris, Albin Michel, 2011, p. 30

mercredi 26 octobre 2011

L'art de la suggestion

Dans la dernière revue Gong, un intéressant dossier sur l’art de la suggestion dans le haïku.

«Le dire est sans cesse dissimulé dans un dit.« (Marc-Alain Ouaknin)

«Par quel mystère le haïku, ce fragment de poésie si modeste, séduit-il autant? demande Danièle Duteil. Éternelle question qui suscite toujours des réponses multiples et variées.» 

Un de mes haïkus publié :

pluie froide
couché dans les feuilles mortes
un parasol fermé

Gong, octobre-décembre 2011, p. 56

samedi 22 octobre 2011

Le plus beau poème du monde

Léopold Sédar Senghor (1906-2001) a été président du Sénégal depuis l’indépendance du pays en 1960 jusqu’en 1980 où il a quitté volontairement le pouvoir. Poète, il a été le chantre de la négritude. Il estimait que le haïku était non seulement le poème le plus court au monde, mais aussi le plus beau. Il évoque la leçon poétique du Japon et les similarités entre les langues : La brièveté (…) oblige à "choisir les mots et expressions les plus denses, les plus expressifs, les plus beaux". Dans le domaine de la poésie, c'est le génie même de "nos langues agglutinantes, du Japon et de l'Afrique". L. S. Senghor, selon toute vraisemblance, n’a pas écrit de haïkus mais la pratique du haïku est très vivante au Sénégal et ce, depuis de nombreuses années.


Léopold Sédar Senghor disait :
 « J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus. »

Poème à mon frère blanc :

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?

Léopold Sédar Senghor

À lire : Senghor, Léopold Sédar. Œuvre poétique. Paris, Éditions du Seuil, Collection «Points», 1990.

mercredi 12 octobre 2011

L'automne en haïkus

L’automne, ici, c’est le retour des grandes oies des neiges et des bernaches du Canada, qui font une pause de quelques semaines sur les battures du fleuve Saint-Laurent afin de refaire leurs forces avant leur longue migration vers le sud.

octobre sur les berges
le retour de la sauvagine
et des chasseurs

dans Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009.

samedi 1 octobre 2011

Le haïku de guerre japonais

Durant la Seconde Guerre mondiale et après, des auteurs japonais ont écrit sur la guerre et sur Hiroshima. On peut en lire dans le recueil édité chez Gallimard, Haïku du XXe siècle – Le poème court japonais d’aujourd’hui, présenté et traduit par Corinne Atlan et Zéno Bianu, publié en 2007 :

Seul comme pour l’éternité –
la cicatrice
de ma blessure de guerre
Suzuki Murio


 
Emmailloté
dans ses bandages
le soldat devient géant
Watanabe Hakusen

Décombres de la guerre –
Sur un sol en ciment
Des fillettes jouent à la balle
Nakamura Kusatao

Le char de guerre avance –
il écorche la terre
à grand fracas
Mitsuhashi Toshio

La mitrailleuse –
éclosion d’une fleur rouge
au milieu du front
Saitô Sanki

Lors des combats dans le Pacifique, le cérémonial des kamikazes japonais prévoyait, paraît-il, un serment d’allégeance à l’empereur Hirohito et la récitation d’un haïku ou d’un tanka avant leur ultime sacrifice. Par exemple, ceci :

Puissions-nous mourir
Comme au printemps
Les fleurs de cerisier
Pures et brillantes.
Yamaguchi Teruo (22 ans)

mercredi 21 septembre 2011

Haïkus de guerre

Au début du XXe siècle, dans la foulée du japonisme*, il n’y a pas eu que Julien Vocance à s’être approprié le haïku pour décrire l’horreur de la Première Guerre mondiale. D’autres poètes, tels Georges Sabiron (1882-1918), décédé au combat, Maurice Gobin et Maurice Betz (1898-1946) ont, eux aussi, parlé de la guerre dans leurs haïkus :

Trou d'obus où cinq cadavres
Unis par les pieds rayonnent,
Lugubre étoile de mer.
Georges Sabiron - 1918.

Un trou d'obus
Dans son eau
A gardé tout le ciel.
Maurice Betz - 1921.

À un nuage qui bougeait au fond d'une mare
J'ai crié: Qui va là?
Il était loin déjà.
Maurice Betz - 1921.

L'obus en éclat
Fait jaillir du bouquet d'arbres
Un cercle d'oiseaux.
Georges Sabiron - 1918.

Des arrivages de chair,
Bien fraîche, toute préparée,
Pour cette nuit sont signalés.
Julien Vocance - 1917.

Enterré par l'obus,
Entendre, loin, crier:
Il est mort !
Maurice Gobin - 1917.

Je l'ai reçu dans la fesse,
Toi dans l'oeil.
Tu es un héros, moi guère.
Julien Vocance - 1916.

On le ramasse, mourant,
Et le major dit: «Foutu!»
Ses paupières s'ouvrent!
Maurice Gobin - 1917.

Hier sifflant aux oreilles,
Aujourd'hui dans le képi,
Demain dans la tête.
Julien Vocance - 1916.

Montmartre, tes lumières, tes femmes
Aux jambes tièdes et douces...
Depuis hier la pluie crépite sur la tente!
Maurice Betz - 1921.

Le jour de la victoire!
Un défilé de veuves et de bambins en noir,
Et la foule étouffant sous les airs triomphants...
Julien Vocance - 1917.

Tout le jour tu te lamentes, tu gémis...
De grâce, tais-toi
On ne te demande pas de donner ta vie...
Julien Vocance - 1917.
_____
*Japonisme : fin du XIXe – début du XXe siècle, influence de l’art japonais sur les artistes occidentaux.

mardi 13 septembre 2011

Une suggestion de lecture pour Bernard Pivot?

À n’en pas douter, M. Bernard Pivot connaît le haïku. Ainsi, dans son dernier ouvrage, Les mots de ma vie, sous la rubrique WC-bibliothèque, on peut lire ceci :

« Peu d’espace à consacrer aux livres, à leur lecture peu de temps. Mais une petite halte culturelle dans les W-C des maisons de campagne ou de famille est souvent très appréciée surtout des parents et amis de passage. Encore faut-il savoir adapter l’offre aux circonstances. À déconseiller, par exemple, Guerre et Paix, Autant en emporte le vent et autres œuvres monumentales (…).

Préconisons plutôt des livres de poètes et de moralistes. Des recueils de textes courts : haïkus, quatrains, sonnets pour les uns, maximes, pensées, apophtegmes pour les autres. » p. 348

Suivent des suggestions de lecture, parmi lesquelles Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, les Contrerimes de Paul-Jean Toulet ou autres Sonnets de Louise Labé.

Que pourrions-nous suggérer à M. Pivot pour compléter sa petite bibliothèque WC? Le dernier numéro de l’excellente revue Gong? Les deux anthologies de haïkus de Corinne Atlan et Zéno Bianu chez Gallimard? L’anthologie des haïjins japonaises Du rouge aux lèvres? D’autres suggestions?

Référence : Pivot, Bernard. Les mots de ma vie. Paris, Éditions Albin Michel, 2011. 363 p.

dimanche 3 juillet 2011

Haïkus d'autrefois - Julien Vocance

Né Joseph Seguin (1878-1954), Julien Vocance est un poète méconnu du public et l’un des premiers haïkistes français.

Lorsque le recueil Au fil de l’eau est publié, en 1903, Julien Vocance est touché par cette forme poétique. Plus tard, dans l’horreur de la guerre 14-18, il crée au front, dans les tranchées, des haïkus touchants et troublants. Cela donne Cent visions de guerre, publié dans la revue littéraire La Grande Revue en 1916. Il reviendra de la guerre aveugle d’un œil. Il publiera par la suite d’autres haïkus dans diverses revues, mais Cent visions de guerre demeure exceptionnel à plus d’un titre. Les haïkus de Julien Vocance ne respectent pas toujours la forme conventionnelle – 5-7-5 syllabes – mais rendent compte du moment présent où l’être traduit sa relation au monde dans un contexte inhabituel.

Paul-Louis Couchoud salue les haïkus de Julien Vocance, voyant en lui le meilleur haïjin* de sa génération : « Vous avez porté le haïkaï français aux sommets de la poésie. Vous en avez fait l’instrument de la sincérité absolue, de la substance pure, de la note essentielle et criante. »  1

Voici quelques haïkus :

Les cadavres entre les tranchées,
Depuis trois mois noircissant,
Ont attrapé la pelade

Par petits paquets,
En éventail autour de lui,
Sa chair a jailli.

Hier sifflant aux oreilles,
Aujourd’hui dans le képi,
Demain dans la tête

La mort dans le cœur,
L’épouvante dans les yeux,
Ils se sont élancés de la tranchée.

Front troué, sanglé dans la toile de tente,
Sur son épaule un camarade l’emporte :
Triste viande abattue… qu’une mère attend.

Quatre trombes de fumée noire,
Dont tout le sol est ébranlé!
Où tombera la prochaine bordée?

Des croix de bois blanc
Surgissent du sol,
Chaque jour, çà et là.

Dans la terre battue,
Le brun tourbillon
Des obus roulant comme des gosses.
_____
haïjin : poète de haïku ou haïkiste.
1. cité dans Au fil de l’eau, Édition établie par Éric Dussert, Éditions Mille et une nuits, 2004.

dimanche 12 juin 2011

Haïkus d'autrefois - Au fil de l'eau

Au fil de l’eau est reconnu comme étant le premier recueil de haïkus français. Il s’agit d’un ouvrage collectif de Paul-Louis Couchoud, André Faure et Albert Poncin, paru en 1903, sous la forme d’une brochure de trente pages, imprimée à trente exemplaires. Des copies – et non des originaux – ont subsisté jusqu’à la réédition de l’ouvrage, en 2004*, pour notre plus grand bonheur, à la faveur de l’engouement actuel pour le haïku.

Influencés par la vague japoniste en France et les échanges France-Japon qui se sont développés fin XIXe, début du XXe siècle – Paul-Louis Couchoud revenant d’un voyage au Japon et ayant été en contact avec la poésie japonaise – les trois étudiants ont l’idée d’effectuer, en juillet 1903, une excursion en péniche sur les canaux français et de rendre compte de leur escapade sous forme de haïkaï :

Le convoi glisse déjà.
Adieu Notre-Dame!...
Oh!... la gare de Lyon!

Les joncs même tombent de sommeil.
Je rôtis délicieusement.
Midi.

Dans un monde de rêve,
Sur un bateau de passage,
Rencontre d’un instant.

Un cyclone cette nuit!
Non, c’est dans l’écluse
Le torrent qui nous soulève.

Moissonneurs dans les blés.
À l’ombre d’une gerbe,
Une grande soupière.

L’orage se prépare.
Toutes les feuilles du tremble
Battent de l’aile.

C’est un recueil qu’il faut lire.
_____
*Collectif, Au fil de l’eau, Édition établie par Éric Dussert, Éditions Mille et une nuits, 2004.

vendredi 3 juin 2011

Et vive le printemps!

naître du paysage
mêlés au plancton
les pollens

Tiré de Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2010.


samedi 28 mai 2011

Haïkus d'autrefois (Paul Claudel)

Paul Claudel est un diplomate et écrivain français (1868-1955), frère cadet de la sculptrice Camille Claudel. Son écriture, influencée par le catholicisme, est variée : poésie, théâtre, essais, mémoires, correspondance. Il mène une carrière diplomatique très diversifiée aux États-Unis, en Chine, au Japon, au Brésil et dans plusieurs villes d’Europe : Prague, Francfort, Hambourg, Copenhague, Bruxelles. C’est au Japon qu’il découvre le haïku.

Il y publie des recueils successifs de haï-kaï, comme on appelait les haïkus autrefois. On ne retrouve pas dans ces poèmes la forme habituelle du haïku que l’on connaît, mais on peut y déceler sans aucun doute l’esprit extrême-oriental de l’époque où domine l’art calligraphique. Le recueil Cent phrases pour éventails paraît d’abord au Japon en 1927 puis en 1942 en France. Il a été réédité en 1996. En voici des extraits :








Pour en savoir plus : la Société Paul Claudel.

vendredi 20 mai 2011

Matin de mai

Premières belles journées du printemps… il n’est pas trop tôt !
matin de mai
un lièvre sur la plage
écoute la mer
Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009.
(paru également dans la revue Gong)

samedi 14 mai 2011

Des outils pour les haïkistes (4)

Publiée depuis maintenant quatre ans, la Revue du tanka francophone rejoint entre autres un public amateur de haïku, bien que les deux formes soient différentes. La Revue paraît trois fois l’an (février, juin et octobre). On y présente le tanka, son histoire, des tankas contemporains et des rengas ou renkus*. Patrick Simon est le directeur de la revue et plusieurs poètes de haïku et de tanka participent à la production. Patrick anime aussi le Forum Haïku – Tanka – Renku, de même que les Éditions du Tanka francophone.
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Renku : poème composé d’une suite de tankas, produit par plusieurs poètes qui se répondent à tour de rôle.

samedi 7 mai 2011

Haïkus d'ailleurs : Jack Kerouac

Jack Kerouac (1922-1969) est considéré comme l’une des figures emblématiques de la « beat generation ». Né à Lowell, Massachusets, ses parents sont des immigrants québécois, des Canadiens français, comme on disait à l’époque.
Rejetant les valeurs traditionnelles des années 50 et conjuguant le désir de libération avec la recherche du sens de la vie à travers les drogues, l’alcool et la spiritualité, Jack Kerouac mène une vie mouvementée. Il commence à écrire très tôt, directement et sans corriger, à la machine, sur des rouleaux de papier. Sur la route est son roman le plus connu. Son intérêt pour le bouddhisme, notamment le zen, le conduit vers la lecture de textes anciens de l’Inde, de la Chine et du Japon. Ses lectures l’amènent naturellement vers le haïku, qui devient pour lui une expérience spirituelle du non-attachement et du non-agir. Ces courts poèmes lui apparaissent comme autant d’épiphanies ponctuant l’impermanence, la souffrance, les cycles de la vie, la précarité, l’errance. Et certains, davantage expérimentaux, sont plutôt des témoins surréalistes de sa vie. En voici quelques-uns :
Toute la journée j’ai porté
un chapeau qui n’était pas
Sur ma tête

Dans mon armoire à pharmacie
la mouche d’hiver
Est morte de vieillesse

La chaise d’été
se balance toute seule
Dans le blizzard

Gelée
dans la vasque à oiseaux,
Une feuille

Ce soir de juillet
Une grosse grenouille
Sur le pas de ma porte

Bon j’émerge,
2 heures de l’après-midi –
Quel jour sommes-nous ?

Saoul comme un cochon
j’écris des lettres
Sous l’orage

Fou j’ai écrit des rideaux
de
poésie en feu

L’arbre qui bouge
au clair de lune
Voit clair dans mon jeu

Marchant sur l’eau
mon ombre,
Plus lourde que le plomb

Douce pluie du petit matin
deux gros bourdons
Fredonnent au travail

______
Référence : Jack Kerouac, Le livre des haïku, La Table ronde, 2006. 429 p.

dimanche 1 mai 2011

Des outils pour les haïkistes (3)

De plus en plus, les revues littéraires prennent leur place dans Internet. C’est le cas de 575 – Revue de haïku.
La revue 575 est diffusée aux six mois, aux solstices d’été et d’hiver, et se concentre sur le haïku et les articles concernant le haïku et le haïga*. Le haïbun*, quant à lui, fait l’objet d’une autre publication électronique : 575 haïbun.
Vous pouvez également visiter le beau site de Serge Tomé, temps libres, une mine de renseignements pour tous ceux qui aiment lire des haïkus et lire sur le haïku.
* Haïga : haïku illustré par une illustration (photo, dessin, etc.) 
* Haïbun : texte littéraire mélangeant prose et haïku

samedi 23 avril 2011

Paroles du Japon

Dans la revue littéraire Gong, numéro 31 (avril-juin 2011), le thème : Pourquoi ? Comment en sont-ils venus à écrire des haïkus ? Plusieurs poètes de haïku prennent la parole. Voici mon texte :

Tout commence par un livre à la couverture parsemée d’éventails emprunté distraitement à la bibliothèque.

Peut-être est-ce l’effet d’une exploitation différente du langage, du mystère d’un Orient à découvrir, des réminiscences de lectures aimées. Je suis touchée par cette poésie de l’instant présent. Tout respire la sérénité.

Le saule
peint le vent
sans pinceau
                   Saryû

Le livre est illustré d’estampes qui s’harmonisent parfaitement aux haïkus. Je suis émue par les bleus outremer de Hiroshige, les roses chair, les verts printaniers, les petites touches d’Hokusai peignant le Fuji-Yama ou la grande vague à Kanagawa. Ravie d’apprendre par la suite les influences des maîtres de l’estampe japonaise sur le mouvement impressionniste.

En tournant les pages, je suis fascinée par cet art de vivre où l’existence même du poète, nous dit Jean-Hugues Malineau[1] devient œuvre d’art. Par cette réalisation dans le geste d’écriture de la fusion entre l’instant présent et le monde réel.

Délice
de traverser la rivière d’été
sandales en main !
                            Buson

Chaque élément du monde, chaque plante, chaque insecte est sacré. Chaque fragment de l’œuvre est appartenance au monde réel. Il ne faut pas faire beau, mais être vrai.

C’est décidé
je vais de ce pas m’enrhumer
pour voir la neige
                   Sampû

Le haïku dit aussi avec humour le quotidien, la joie de vivre. Avec légèreté les petits bonheurs, la profondeur.

Même mon ombre
est en pleine forme
premier matin de printemps
                            Issa
Car celui qui n’a rien, celui qui vit aussi intensément le moment présent, a tout et rien ne peut lui être enlevé.

Ne possédant rien
comme mon cœur est léger
comme l’air est frais
                            Issa

Un moment de lecture qui se transforme en passion. Car on n’a jamais fini de découvrir l’esprit du haïku. Le livre refermé, on se laisse aller à savourer la plénitude de l’instant. Une image et quelques mots. Tout est dit.

Moi aussi, je participe désormais à cette alchimie du cœur et de la conscience. À cette création d’instantanés qui capturent jalousement ce qui s’en va du temps.
_______
[1] Jean-Hugues Malineau, Paroles du Japon. Paris, Albin-Michel, Coll. Carnets de sagesse, 1997.


mercredi 13 avril 2011

Poésie indienne : Rabindranath Tagore

Rabindranath Tagore (1861- 1941) est un écrivain indien, né à Calcutta. Il a produit une œuvre immense : plus de 50 recueils de poèmes, 14 romans, 12 recueils de nouvelles, 14 pièces de théâtre, plus de 63 volumes traitant entre autres d’art, de politique et de philosophie. Il a également laissé des récits de voyage, une autobiographie et une correspondance publiée en 12 volumes. Artiste multidisciplinaire, il était aussi peintre et musicien. Il a ainsi laissé environ 2 500 toiles et dessins, trois opéras et 2 500 chansons, en plus d’avoir composé l’hymne national de l’Inde et celui du Bengladesh. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1913. En 1916, il effectue un voyage au Japon. Il est frappé par le haïku, qui exerce une influence sur son écriture : il produira plusieurs recueils d’aphorismes*, dont Stray Birds (Les oiseaux de passage, 1916), et Fireflies (Lucioles, 1926). En voici quelques-uns :
6. Si vous versez des larmes quand le soleil vous manque, vous ne verrez pas les étoiles.
18. Ce que tu es, tu ne le vois pas ; ce que tu vois n’est que ton ombre.
21. Ceux-là qui portent leur lanterne sur le dos sont précédés de leur ombre.
48. Les étoiles ne craignent pas d’être confondues avec les lucioles.
101. La poussière reçoit des insultes et rend des fleurs.
126. Les galets ne sont pas façonnés à coups de marteaux, mais par l’enchantement de la danse des eaux.
165. Des pensées passent en mon esprit comme une volée de canards dans le ciel.
J’entends la voix de leurs ailes.
Source : Rabindranath Tagore, Les oiseaux de passage, Montréal, Éditions du Noroît, 2008.
On peut lire Fireflies en anglais.
____
* Aphorisme : courte phrase qui énonce une pensée ou qui amène à réfléchir. Un aphorisme n’est pas un haïku mais on peut y voir une parenté de sens au niveau de la concision et de la création d’une image mentale.