samedi 7 mai 2011

Haïkus d'ailleurs : Jack Kerouac

Jack Kerouac (1922-1969) est considéré comme l’une des figures emblématiques de la « beat generation ». Né à Lowell, Massachusets, ses parents sont des immigrants québécois, des Canadiens français, comme on disait à l’époque.
Rejetant les valeurs traditionnelles des années 50 et conjuguant le désir de libération avec la recherche du sens de la vie à travers les drogues, l’alcool et la spiritualité, Jack Kerouac mène une vie mouvementée. Il commence à écrire très tôt, directement et sans corriger, à la machine, sur des rouleaux de papier. Sur la route est son roman le plus connu. Son intérêt pour le bouddhisme, notamment le zen, le conduit vers la lecture de textes anciens de l’Inde, de la Chine et du Japon. Ses lectures l’amènent naturellement vers le haïku, qui devient pour lui une expérience spirituelle du non-attachement et du non-agir. Ces courts poèmes lui apparaissent comme autant d’épiphanies ponctuant l’impermanence, la souffrance, les cycles de la vie, la précarité, l’errance. Et certains, davantage expérimentaux, sont plutôt des témoins surréalistes de sa vie. En voici quelques-uns :
Toute la journée j’ai porté
un chapeau qui n’était pas
Sur ma tête

Dans mon armoire à pharmacie
la mouche d’hiver
Est morte de vieillesse

La chaise d’été
se balance toute seule
Dans le blizzard

Gelée
dans la vasque à oiseaux,
Une feuille

Ce soir de juillet
Une grosse grenouille
Sur le pas de ma porte

Bon j’émerge,
2 heures de l’après-midi –
Quel jour sommes-nous ?

Saoul comme un cochon
j’écris des lettres
Sous l’orage

Fou j’ai écrit des rideaux
de
poésie en feu

L’arbre qui bouge
au clair de lune
Voit clair dans mon jeu

Marchant sur l’eau
mon ombre,
Plus lourde que le plomb

Douce pluie du petit matin
deux gros bourdons
Fredonnent au travail

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Référence : Jack Kerouac, Le livre des haïku, La Table ronde, 2006. 429 p.

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