samedi 30 novembre 2013

Ce monde flottant

On retrouve le concept d’Ukiyo, « monde flottant », dans plusieurs haïkus japonais. Ce monde fait référence à l’impermanence des choses et l’importance du moment présent, notions en lien avec la spiritualité orientale.
Alors que jadis, on prétendait que les fruits de ce monde de souffrance et de destinée fluctuante pourraient être récoltés dans une vie ultérieure, à compter du 17e siècle environ, le monde flottant fait surtout référence à l’importance de profiter du temps présent tout en affichant une certaine insouciance face à l’avenir. On en voit très bien l’illustration dans les Contes du monde flottant (Ukiyo Monogatari) de l’écrivain Asai Ryôi (1666) :

Vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
et de la feuille d'érable... ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo. 


À cet égard, les estampes sont souvent identifiées comme étant les « images du monde flottant ». La grande vague de Kanagawa (1830 ou 1831) d’Hokusai, est une ukiyo-e. Elle fait partie de la série des Trente-six vues du mont Fuji :


On traduit souvent en français le concept de monde flottant par « monde éphémère », ce qui rend davantage le sens d’impermanence. Voici quelques haïkus, certains faisant référence au monde d’afflictions et de tourments, les autres à la vision insouciante, plus moderne :

La fin de l’année.
Tous les problèmes
de ce monde flottant, balayés.
(Bashô)

Dans ce monde qui est le nôtre,
nous marchons sur le toit de l’enfer
en contemplant les fleurs.
(Issa)

En ce monde flottant
Devenez bonze en chef
Et vous ferez la sieste !
(Sôseki)

Sous les fleurs d’un monde flottant
Avec mon riz brun
Et mon saké blanc
(Bashô)

Regarde, regarde
les vraies fleurs
de ce monde de souffrance.
(Bashô)

Sous la lune d’automne,
Cinq ou six bandits ;
Des êtres qui vivent en dehors de ce monde.
(Buson)

Dans ce monde,
même les papillons
doivent gagner leur pain.
(Issa)

Les gouttes de rosée tombent
une par une.
Ce monde est parfait.
(Issa)



Source : Collectif, Le Japon illustré. Fage Éditions, 2009.
Les grands maîtres du haïku. Bashô, Issa, Buson, Shiki, Taïgi. Paris, Éditions Dervy, 2003.

3 commentaires:

  1. Heureux de découvrir votre blog dans lequel on sent la passion.

    modestement :

    chez les voisins
    toujours de marbre
    la grenouille de jardin

    Bien amicalement

















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