mardi 2 février 2016

Kireji : la césure


Photo : © Louise Vachon


Un lecteur m’écrit, me proposant un de ses haïkus où il est question d’un gardien de parc qui souffle sur une coccinelle posée sur un tract. Il me demande si c’est un haïku et, si oui, est-ce que c’est un « bon » haïku ?

Le haïku que vous proposez – oui, c’en est un – forme une phrase complète. Sujet, verbe, complément. Le haïku se présente quelquefois ainsi, bien que, selon les règles officielles, le haïku comporte ce qu’on appelle, en japonais, un kigo, ou « mot de saison »  - la coccinelle ici en est un, elle évoque l’été (nous y reviendrons) – et surtout, une césure ou kireji.

Qu’est-ce qu’un kireji ?  La césure est une pause qui sert à donner une tournure particulière au haïku et le fait évoluer. Le kireji au Japon désigne un mot, ya ou kana, et il existe plusieurs kireji aux significations particulières en versification japonaise. En français, on peut toujours utiliser des mots ou des onomatopées (ah !, oh !, déjà, etc.) qui font un peu artificiel mais qui se justifient parfois. Le haïku occidental étant disposé sur trois lignes, il est commun de privilégier un moment de pause entre deux vers et le troisième, soit après la 1re ligne ou après la 2e, comme si les deux segments étaient séparés du troisième par une virgule ou un point.

Puisqu’en haïku, selon les règles officielles, on ne doit pas utiliser d’émotions, ni être purement descriptif, la césure est un moyen de regarder d’un autre angle, de suggérer une signification particulière au haïku. L’art du haïku nous fait prendre conscience de ce qu’il y a de beau, d’insolite, de vrai, d’extraordinaire même, dans la vie de tous les jours. Que remarquez-vous d’un événement ordinaire ? Transcrivez-le, sans émotion explicite, mais avec les mots qui feront surgir cette émotion chez le lecteur. Voilà le « bon » haïku.

Voici un haïku qui illustre la césure après le 2e segment :

Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés (césure ici)
Soir d’automne.
(Bashô)

Comment s’initier au haïku ? D’abord, lorsque le genre nous intéresse, il faut en lire le plus possible. Et puis, selon notre tempérament, si on désire échanger sur le sujet et confronter nos créations, des groupes d’échange existent un peu partout, dont les membres se rencontrent périodiquement.

Des groupes existent aussi dans la sphère Internet et sur les médias sociaux où il y a également partage des écrits des participants. Depuis quelques années, le mois de février est un mois de création et de partage de haïkus dans Internet : c’est le Mois national d’écriture de haïkus, le NaHaiWriMo (National Haiku Writing Month). En français, les haïkistes sont invités sur Facebook à partager un haïku par jour pendant tout le mois de février.

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