jeudi 26 octobre 2017

Fueki-riūko


Fueki-riūkō, c’est la présence, dans un même haïku, de l’immuable (fueki) et de l’éphémère (riūkō). Ce qui est changeant et ce qui est invariable peuvent coexister dans un même haïku, créant souvent un effet de contraste qui appelle la sérénité. Les auteurs qui traitent de ce principe supposent même qu’on fait allusion ici au yin et au yang repris dans le taoïsme, au principe bouddhiste d’impermanence, ou au concept du clair-obscur en Occident. Quoi qu’il en soit, les oppositions créent, dans cette poésie qu’est le haïku, un joli effet que les poètes traditionnels de haïku ont su exploiter. À preuve, le haïku le plus connu de Bashō, Vieil étang, oppose l’étang calme et tranquille à l’activité de la grenouille, qui vient brouiller l’eau. C’est aussi l’opposition entre le feu et l’eau, le jardin silencieux au bruit, la mortalité au printemps qui renaît ou à la jeunesse, les jeunes herbes à l’arbre mature, et ainsi de suite :

Vieil étang
une grenouille plonge
le bruit de l’eau


toi tu fais le feu
moi je vais chercher
une grosse boule de neige

                        Bashō

au milieu des nuées de fleurs de cerisiers
le son d’une cloche
Ueno? Asakusa?

Bashō


Un sachet de simples
sur mon lit de malade –
le printemps renaît

Shiki

Nuit d’été –
le bruit de mes socques
fait vibrer le silence

Bashō

Dans les jeunes herbes
le saule
oublie ses racines

Buson

Pèlerinage aux tombes –
le plus jeune enfant
porte le balai

Issa


Références :
Bashô, Seigneur ermite. L’intégrale des haïkus, La table ronde, 2012.
Philippe Costa, Petit manuel pour écrire des haïku, Philippe Picquier, 2000.
Haïku – Anthologie du poème court japonais. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. Gallimard, 2002.


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