jeudi 22 janvier 2026

Le haïku en traduction


Le haïku, originaire du Japon, s’est fait connaître en Occident essentiellement grâce à la traduction.

 

Dans Le petit art, Kate Briggs, traductrice du français à l’anglais des notes de cours de Roland Barthes, relève l’intérêt particulier que Barthes porte au haïku, qu’il considère comme « une forme exemplaire de notation, saisissant à l’écrit, les plus menus détails de la vie quotidienne » (p. 148). Car, pour écrire un roman – le cours s’intitule La préparation du roman – l’auteur, l’autrice doivent recueillir, noter quotidiennement les détails de la vie de tous les jours. Elle est particulière, cette notation minimaliste qui met en relation le sujet et le monde qui l’entoure. « Elle est complexe, bien sûr, la fascination de Barthes pour le haïku, et pour la culture japonaise en général, comme l’ont fait remarquer de nombreux spécialistes. Sa fascination pour le haïku qu’il reçoit exclusivement par la voie de la traduction. La revendication qu’il en fait : mon haïku. » (p. 189) 

 

Roland Barthes qui, selon toute vraisemblance, n’a jamais écrit de poème ni de haïku.

 

Kate Briggs explique le point de vue de Barthes : « La poésie traduite m’apparaît rarement humaine, dit-il. Mais pour une raison ou une autre le haïku est l’exception à la règle : un poème minuscule, composé dans une langue qu’il ne comprend pas, dans une langue à mille lieues de sa compréhension (même en tchèque, dit-il, je pourrais sans doute deviner quelques mots), qui se révèle à lui seulement en traduction, et qui malgré cela réussit à le toucher, le concerner, l’enchanter : le haïku, dit Barthes, est à mes yeux humain, absolument humain. Comment est-ce possible? C’est une sorte de miracle. Et toute la première partie du cours sur le roman est consacrée au haïku – provocation? paradoxe délibéré? –, cette forme exemplaire de notation du présent; on l’explore, on spécule sur la façon dont il produit ses effets. Les effets qu’il produit sur le lecteur qu’est Barthes, spécifiquement et nécessairement en traduction française – puisque c’est la forme sous laquelle il reçoit les poèmes. (…) Pour appuyer son enseignement, Barthes distribue un fascicule où sont imprimés soixante-six haïkus en français, tirés de deux recueils, traduits par deux poètes-traducteurs, Maurice Coyaud et Roger Munier. » (p. 185-186)

 

 

Référence : Kate Briggs, Le petit art. Montréal, Le Quartanier, 2025. Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Arianne Des Rochers.

Estampe : Kyoto (station 55) Andō, Hiroshige, 1797-1858. New York Public Library.

 

© Louise Vachon, 2026. 

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