jeudi 17 novembre 2011

Novembre

Temps froid. La neige, sans doute pour bientôt.

matin glacial
dans ma poche mon cellulaire
tout chaud

Tiré de Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.

mercredi 9 novembre 2011

L'éveil est un saut en parachute hors du rêve

Ces mots sont ceux du poète suédois Tomas Tranströmer, né à Stockholm en 1931, prix Nobel de littérature 2011. Poète renommé, il a écrit une quinzaine de recueils et remporté plusieurs distinctions. Dans les années 50, il a été un ami proche du poète et haïkiste américain Robert Bly, ce qui l’a amené vers le haïku. En voici quelques-uns, extraits de La grande énigme, Ed. Le Castor Astral, 2004 :

Renne en plein soleil.
Les mouches cousent et cousent encore
son ombre sur le sol.

Mon bonheur s'amplifiait
et les grenouilles chantaient dans les
marais de Poméranie.

Sur une saillie rocheuse
on voit la fissure du mur des trolls.
Le rêve, un iceberg.

Les pensées sont à l'arrêt
comme les carreaux de faïence
de la cour du palais.

À lire : l’article de Roland Halbert dans la revue Ploc¡ d’octobre 2011.

mercredi 2 novembre 2011

Bashô, maître de haïku

D’où vient le célèbre haïku de Bashô, celui que tous les débutants connaissent?
vieil étang
une grenouille plonge
le bruit de l’eau

Bashô demeurait dans un ermitage et vivait comme un moine, tout en demeurant laïc. On raconte, dans Bashô, maître de haïku, de Hervé Collet et Cheng Wing Fun, que le maître zen Butcho et le disciple Rokuso Gohei lui rendirent un jour visite dans son ermitage au Bananier.

Sur le champ Rokuso Gohei demande à Bashô :
« Alors qu’en est-il de la Loi du Bouddha dans un jardin aussi calme, au milieu des herbes et des arbres? »
« Les grandes feuilles sont grandes, les petites feuilles sont petites », lui répond Bashô.
Maître Butcho intervient à son tour :
« Ces derniers temps, où en es-tu? »
« La dernière pluie a lavé la mousse verte. »
« Et qu’en est-il de la Loi du Bouddha avant même que la mousse ne se soit formée? »
Juste au moment où maître Butcho termine sa question, retentit le bruit de l’eau produit par le plongeon d’une grenouille dans l’étang tout proche.
« D’une grenouille qui plonge le bruit dans l’eau », répond Bashô. 

Le satori, l’éveil en quelque sorte, est affaire de méditation. Le poète traduira son expérience en mots.

Source : Hervé Collet et Cheng Wing Fun, Bashô, maître de haïku, Paris, Albin Michel, 2011, p. 30

mercredi 26 octobre 2011

L'art de la suggestion

Dans la dernière revue Gong, un intéressant dossier sur l’art de la suggestion dans le haïku.

«Le dire est sans cesse dissimulé dans un dit.« (Marc-Alain Ouaknin)

«Par quel mystère le haïku, ce fragment de poésie si modeste, séduit-il autant? demande Danièle Duteil. Éternelle question qui suscite toujours des réponses multiples et variées.» 

Un de mes haïkus publié :

pluie froide
couché dans les feuilles mortes
un parasol fermé

Gong, octobre-décembre 2011, p. 56

samedi 22 octobre 2011

Le plus beau poème du monde

Léopold Sédar Senghor (1906-2001) a été président du Sénégal depuis l’indépendance du pays en 1960 jusqu’en 1980 où il a quitté volontairement le pouvoir. Poète, il a été le chantre de la négritude. Il estimait que le haïku était non seulement le poème le plus court au monde, mais aussi le plus beau. Il évoque la leçon poétique du Japon et les similarités entre les langues : La brièveté (…) oblige à "choisir les mots et expressions les plus denses, les plus expressifs, les plus beaux". Dans le domaine de la poésie, c'est le génie même de "nos langues agglutinantes, du Japon et de l'Afrique". L. S. Senghor, selon toute vraisemblance, n’a pas écrit de haïkus mais la pratique du haïku est très vivante au Sénégal et ce, depuis de nombreuses années.


Léopold Sédar Senghor disait :
 « J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus. »

Poème à mon frère blanc :

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?

Léopold Sédar Senghor

À lire : Senghor, Léopold Sédar. Œuvre poétique. Paris, Éditions du Seuil, Collection «Points», 1990.

mercredi 12 octobre 2011

L'automne en haïkus

L’automne, ici, c’est le retour des grandes oies des neiges et des bernaches du Canada, qui font une pause de quelques semaines sur les battures du fleuve Saint-Laurent afin de refaire leurs forces avant leur longue migration vers le sud.

octobre sur les berges
le retour de la sauvagine
et des chasseurs

dans Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009.

samedi 1 octobre 2011

Le haïku de guerre japonais

Durant la Seconde Guerre mondiale et après, des auteurs japonais ont écrit sur la guerre et sur Hiroshima. On peut en lire dans le recueil édité chez Gallimard, Haïku du XXe siècle – Le poème court japonais d’aujourd’hui, présenté et traduit par Corinne Atlan et Zéno Bianu, publié en 2007 :

Seul comme pour l’éternité –
la cicatrice
de ma blessure de guerre
Suzuki Murio


 
Emmailloté
dans ses bandages
le soldat devient géant
Watanabe Hakusen

Décombres de la guerre –
Sur un sol en ciment
Des fillettes jouent à la balle
Nakamura Kusatao

Le char de guerre avance –
il écorche la terre
à grand fracas
Mitsuhashi Toshio

La mitrailleuse –
éclosion d’une fleur rouge
au milieu du front
Saitô Sanki

Lors des combats dans le Pacifique, le cérémonial des kamikazes japonais prévoyait, paraît-il, un serment d’allégeance à l’empereur Hirohito et la récitation d’un haïku ou d’un tanka avant leur ultime sacrifice. Par exemple, ceci :

Puissions-nous mourir
Comme au printemps
Les fleurs de cerisier
Pures et brillantes.
Yamaguchi Teruo (22 ans)