dimanche 9 mars 2014

Fin d'hiver



la clarté lumineuse
du soleil sur toutes choses
fin d’hiver

dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.
Photo : © Roger Joannette

samedi 22 février 2014

Ici et maintenant, vivons pleinement


Psychothérapeute, professeure émérite de l’université de Nice et connue surtout pour ses travaux sur la psychogénéalogie, Anne Ancelin Schützenberger signe ici un petit livre sans prétention.

À 95 ans – elle est née en 1919 à Moscou – elle nous redit la joie de vivre pleinement et la nécessité de profiter de chaque instant. Comment trouver, garder et développer sa vitalité tout en donnant le moins de prise possible aux émotions négatives ? Mme Ancelin Schützenberger est formelle : il faut se faire au moins quatre plaisirs par jour « comme s’ils étaient prescrits par une ordonnance médicale ». À son âge, elle n’a pas la naïveté de croire que la vie n’est que béatitude. Elle n’a pas eu la vie facile par moments, elle qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, fut sauvée in extremis par le Débarquement et le rappel des troupes nazies vers la Normandie. Sa vie a souvent tenu à peu de choses. « Le bonheur importe peu, ce qui compte, c’est de vivre pleinement. Alors seulement, la vie devient intéressante. Sans qu’on soit forcément heureux, chaque instant s’emplit de passion. »

Ne pas se faire de souci pour rien. Accepter les choses comme elles sont. Écouter le hasard. Flairer les choses invisibles.

Inspirant pour les amateurs du moment présent.

Ne pas oublier le monde tel qu’il est, ou tel qu’il devient.
Courir avec le vent.
Sauter dans le train en marche.
Avoir du flair – oui, du flair.
Et y croire.


Référence : Anne Ancelin Schützenberger, Ici et maintenant, vivons pleinement. Paris, Payot, 2013. 87 p.

vendredi 14 février 2014

Tempête


blizzard
à ne pas mettre un chien dehors
j’y suis

dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.

Photo : © Roger Joannette

dimanche 2 février 2014

Chandeleur

«À la Chandeleur, l'hiver se passe ou prend vigueur.»
ou encore le proverbe québécois :
«À la Chandeleur, la neige est à sa hauteur.»

Hélas, avec les changements climatiques, on n'a plus les hivers qu'on avait.... Profitons quand même de cette belle lumière d'hiver.


après-midi d'hiver
le plaisir de la raquette
mes pas dans les tiens

dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010.
Photo : © Roger Joannette

dimanche 19 janvier 2014

Takahama Kyoshi


Takahama Kyoshi (1874–1959) est un successeur de Shiki et une grande figure du haïku moderne. Dès 1898, il dirige la revue de haïku que Shiki a fondée, Hototogisu (Coucou). Sous son influence, celle-ci deviendra un magazine de fiction. Il écrit lui-même des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre, des journaux de voyage. Shiki aime le haïku de 17 syllabes et le kigo (mot de saison). Il deviendra le mentor de plusieurs poètes contemporains de haïku. Takahama Kyoshi a composé, dit-on, entre 40 000 et 50 000 haïkus parus dans diverses anthologies. En voici quelques-uns :




Un serpent s'est enfui.
Ses yeux qui m'ont regardé
Seuls restent dans les herbes.


On appelle cette fleur pivoine blanche.
Oui, mais
Un peu de rouge.


Les filles prennent des plants de riz.
Des reflets d'eau oscillent
Sur les envers des chapeaux en carex.


Un chien s'endort
Il tient sa tête entre ses pattes.
Maison de chrysanthèmes.


Je regarde la rivière.
Une peau de banane
Tombe de ma main.


Quand on dépose une chose
Une ombre d'automne
Naît là.


Les racines d'un grand arbre d'été
Sur une roche
S'étendent dans toutes les directions.


J'ai reçu un pétale tombé de cerisier à la main.
Ouvrant le poing
Je n'y trouve rien.


Références :
William J. Higginson with Penny Harter, The Haiku Handbook, Tokyo, Kodansha International, 1985.
Site Mushimegane de Ryu Yotsuya.

Photo : Wikipédia

dimanche 12 janvier 2014

Pêche blanche


matin glacial
un village de maisonnettes
pour la pêche blanche

Louise Vachon, Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009.
Photo : © Roger Joannette

dimanche 22 décembre 2013

L'empire des signes


Roland Barthes (1915-1980), écrivain français, a fait paraître en 1970, un ouvrage intitulé L’empire des signes, inspiré d’un voyage au Japon. Il y traite, entre autres, du haïku. On peut lire ceci :

«Le haïku a cette propriété quelque peu fantasmagorique, que l’on s’imagine toujours pouvoir en faire soi-même facilement. On se dit : quoi de plus accessible à l’écriture spontanée que ceci (de Buson) :

C’est le soir, l’automne,
Je pense seulement
À mes parents.

Le haïku fait envie : combien de lecteurs occidentaux n’ont pas rêvé de se promener dans la vie, un carnet à la main, notant ici et là des «impressions», dont la brièveté garantirait la perfection, dont la simplicité attesterait la profondeur. (…) Tout en étant intelligible, le haïku ne veut rien dire, et c’est par cette double condition qu’il semble offert au sens, d’une façon particulièrement disponible, serviable, à l’instar d’un hôte poli qui vous permet de vous installer largement chez lui, avec vos manies, vos valeurs, vos symboles; l’«absence» du haïku (…) appelle la subornation, l’effraction, en un mot, la convoitise majeure, celle du sens. Ce sens précieux, vital, désirable comme la fortune (hasard et argent), le haïku débarrassé des contraintes métriques, semble nous le fournir à profusion, à bon marché et sur commande; (…) le travail de lecture qui y est attaché est de suspendre le langage, non de le provoquer : entreprise dont précisément le maître du haïku, Bashô, semblait bien connaître la difficulté et la nécessité :

Comme il est admirable
Celui qui ne pense pas : «La Vie est éphémère.»
En voyant un éclair!»

Le haïku réussi est celui qui devrait nous réduire au silence.


Source : Barthes, Roland, Œuvres complètes III. Livres, textes, entretiens 1968-1971. Paris, Seuil, 2002. 1074 p. (pp. 403-407)