mercredi 23 octobre 2013

Miroirs de la nature



Ce volume à la reliure soignée nous présente des haïkus des grands maîtres du genre : Bashô, Buson, Shiki, Issa, entre autres. On se concentre ici sur les haïkus dédiés aux animaux et aux plantes. Chaque haïku est illustré d’une estampe en couleurs également produite, dit-on, par un grand maître tel Utamaro, Hiroshige ou Hokusai. Un beau livre à offrir ou à s’offrir. Il aurait été souhaitable d’identifier les artistes, pour chacune des gravures, comme on l’a fait pour les haïkus.
 
Quelques extraits :
 
Soir d’hirondelles –
demain encore
je n’aurai rien à faire
(Issa)
 
Après la danse
le vent dans les pins
le chant des insectes
(Sogetsu-ni)
 
Les oies sauvages au loin parties
le champ de riz devant la maison
semble envolé
(Buson)
 
Des grues sur les champs
à demi moissonnés –
automne au village
(Tôsei)
 
Sur la plage à marée basse
tout ce qu’on ramasse
bouge
(Chiyo-ni)
 
Oie sauvage oie sauvage
à ton premier voyage
quel âge avais-tu?
(Issa)
 
Référence : Miroirs de la nature. Recueil de haïkus. Collection « Classiques en images ». Paris, Éditions du Seuil, 2012.

samedi 5 octobre 2013

Feuilles d'automne




 
marcher dans les feuilles
une odeur de roussi
un bruit de croustilles
 
texte : © Louise Vachon
photo : © Roger Joannette


 

samedi 28 septembre 2013

Reginald Horace Blyth



R. H. Blyth est un auteur britannique (1898-1964) connu, chez les haïkistes, pour son ouvrage majeur en quatre volumes intitulé Haiku. Dans sa jeunesse marquée par la Première Guerre mondiale, il est pacifiste et objecteur de conscience, ce qui lui vaut d’être emprisonné. Il obtient en 1923 un grade universitaire en anglais. Devenu professeur, il enseigne d’abord l’anglais en Inde, puis en Corée. Il apprend, à cette époque, le chinois et le japonais. Polyglotte, musicien, végétarien, il s’intéresse également au bouddhisme zen et on le retrouve professeur d’anglais au Japon en 1939. Il y passera le reste de sa vie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est de nouveau emprisonné puisqu’il appartient à une nation ennemie.
En 1946, il enseigne l’anglais au prince héritier, Akihito, qui deviendra empereur du Japon. Il fait beaucoup pour populariser le haïku traditionnel japonais en Occident après la guerre, sans toutefois être un écrivain prolifique de haïku. Les quatre tomes de Haiku sont publiés entre 1949 et 1952. Ces ouvrages présentent un grand nombre d’écrivains japonais et des haïkus traditionnels traduits en anglais. Selon lui, le bouddhisme zen influence directement le haïku. Plusieurs poètes américains sont sensibilisés à ce genre littéraire grâce aux travaux de R. H. Blyth. C’est le cas des poètes de la Beat Generation, tels Jack Kerouac et Allen Ginsberg, et d’autres écrivains qui viendront par la suite, tels William J. Higginson, Jane Reichhold et Lee Gurga. R. H. Blyth publiera également plusieurs livres sur le zen et sur la littérature anglaise et japonaise.

 
Certains textes sont toujours disponibles dans Internet.

 
Quelques haïkus de R. H. Blyth:

A snail
Dreams a blue dream
On the back of a leaf.
 
I leave my heart
to the sasanqua flower
on the day of this journey.
 
Going forth…
Leaving my thoughts
In a sasanqua flower.



dimanche 22 septembre 2013

Septembre



 
nuit de septembre
la lumière d'un tracteur
et la lune des moissons
 
texte et photo : © Louise Vachon


samedi 13 juillet 2013

Le haïku selon Michel Onfray






Michel Onfray, philosophe et écrivain, a publié, en juin 2013, sur son site, une chronique sur le haïku intitulée L’épiphanie du réel.  Michel Onfray nous invite à la découverte du haïku, exercice de connaissance du monde, qui immobilise ce qui fuit, cherche à retenir le temps et qui, au fond, s’incline devant l’éphémère et la fugacité du monde. À lire. En voici un extrait :

Le haïku dit pour n’avoir plus à dire, il manifeste pour laisser une trace qui s’estompe et disparaît – comme le réel. Il saisit le diamant du réel et l’efface pour n’obtenir qu’une mémoire bientôt évaporée elle aussi de ce qui a été dit. Les mallarméens commencent par la fin et font disparaître le réel au profit du verbe ; les auteurs de haïkus commencent par le début, ils saisissent le réel dans l’une de ses manifestations et utilisent le verbe au profit des images qui génèrent la sensation enfuie. Ils présentifient la disparition, ils actualisent la fugacité, ils fixent le mouvement, ils nomment l’éphémère, ils montrent l’à peine visible.
Cette poésie suppose des livres qui n’éloignent pas du monde, mais y ramènent. L’occident a intercalé des bibliothèques entre nous et le monde. De sorte qu’on n’est moins soucieux de dire le monde que de dire les livres qui disent le monde. Les recueils de haïkus sont des livres qui effacent les livres et les transforment en voie d’accès au monde oublié par trop de livres. Les dévots du verbe ont oublié le monde ; les sages du monde congédient le verbe – avec un verbe qui va s’évaporer comme la rosée. Le haïku est l’ultime parole avant le silence.

samedi 29 juin 2013

Un tanka d'été

pour voyager
je n’attendrai pas
la retraite
avec les années qui passent
mes pantoufles s’alourdissent

dans Nuages d’octobre,
Éditions des petits nuages, 2013, p. 65
Photo © Julie Vachon-Joannette

vendredi 14 juin 2013

Tankas

Un tanka est un poème d’inspiration japonaise, comme le haïku, non rimé, comportant 31 syllabes, qu’on dispose le plus souvent, en français, sur cinq lignes. Le tanka est l’ancêtre du haïku. Il caractérise, au Japon, la période de Heian (794-1185), qu’on peut traduire par « paix ». À cette époque, la cour impériale japonaise, qui est à son apogée, est célébrée notamment dans la littérature, par le tanka. On considère toujours le tanka classique comme la forme la plus élevée de la poésie japonaise. Et les membres de la famille impériale continuent, encore aujourd’hui, d’écrire des tankas, en particulier lors d’occasions spéciales, comme le nouvel an.

Sommairement, le tanka est construit en deux parties : la première, formée de 3 vers de 5-7-5 syllabes, semblable au haïku, et une seconde partie, formée de 2 vers de 7-7 syllabes, qui vient répondre à la première partie du poème. Tandis que le haïku se base sur le réel et l’objectivité, le tanka fait appel aux sentiments. Amour, tendresse, solitude, mélancolie sont traités tout en conservant la concision, la musicalité, le pouvoir d’évocation, si chers à la poésie japonaise.

Voici quelques tankas, écrits par Yosano Akiko (1878-1942) :


Les cheveux dénoués
Dans la douceur de la pièce
Le parfum des lis
Je crains qu’ils ne disparaissent
Rouges pâles dans la nuit

La couleur pourpre,
A qui la raconter ?
Tremblements de sang,
Pensées émues de printemps,
En pleine floraison la vie !

Pluie fine soudain
Sur les feuilles de lotus blancs ;
Tu peins près de moi,
Au creux d’une petite barque
Sous l’aile de mon parapluie

Dans les tons de mauve
Sur les petites herbes
Tombe mon ombre ;
Vent de printemps sur les champs
Lisse au matin mes cheveux

De soie légère
Sa manche longue de deux pieds
D’où ruisselle
Une rivière de lucioles
Dans le bleu du vent du soir




Pour poursuivre la réflexion :
Anthologie de la poésie japonaise classique. Édition de G. Renondeau. Paris, Gallimard, 1971.
Yosano Akiko, Cheveux emmêlés, Paris, Les Belles Lettres, 2010.