vendredi 11 mai 2012

Haïku - Cet autre monde

Richard Wright (1908-1960), journaliste et écrivain, est est le premier écrivain afro-étatsunien à avoir écrit un roman à succès. Petit-fils d’esclave, Richard Nathaniel Wright voit le jour à Natchez, au Mississipi. Ségrégation raciale, enfance difficile, pauvreté, petits boulots, puis journalisme. Il publie en 1938 un recueil de nouvelles, Uncle Tom’s Children (Les enfants de l’oncle Tom), puis en 1940, Native Son (Un enfant du pays), son roman le plus connu. C’est un succès fulgurant : en trois semaines, 215 000 exemplaires sont vendus et l’ouvrage intègre la sélection du Book of the Month Club. En 1945, il publie Black Boy (Black Boy : jeunesse noire) qui raconte son enfance. D’autres romans et récits suivront. En 1946, pour échapper aux poursuites du gouvernement contre les communistes au moment du maccarthysme, il se réfugie en France avec sa famille. En 1947, il prend la nationalité française et s’engage, par la suite, dans la lutte pour l’indépendance des colonies françaises. Il meurt d’une crise cardiaque en 1960, à Paris, à l’âge de 52 ans.

Richard Wright découvre le haïku durant la dernière année de sa vie, en 1959, en lisant les quatre tomes de R. H. Blyth, Haïku. C’est le coup de foudre. Il écrit tous les jours et produit 4000 haïkus qu’il conserve dans un cahier qu’il garde sur lui. Ses thèmes de prédilection : son enfance difficile, la condition des Noirs, l’agonie, la mort, la nostalgie. Il en sélectionne 817 qu’il envoie à son éditeur. Ils sont refusés. Il faudra attendre 1998 pour qu’ils soient publiés en anglais.

Des noirs aux gros balais
Nettoient les rues enneigées,
Absorbés par les flocons.

La lame d’un couteau
Sanglant, léchée par un chat;
On tue le cochon.

Dans la cuisine
Une plume entraîne son ombre
Sur le riz qui bout.

Revenant des bois,
Le taureau a du lilas
Qui pend à une corne.

Juste assez de neige
Pour que l’on prête attention
Aux rues familières.

Mes hôtes partis,
L’âtre est plein de cendres blanches –
Quelle solitude.

Sur mon pantalon
Encor quelques poils du chat
Mort depuis longtemps.

Quelle solitude…
La neige a réduit le monde
À la taille de ma cour.

Référence : Wright, Richard. Haïku, cet autre monde. Paris, La Table ronde, 2009. Traduction et postface de Patrick Blanche.

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