lundi 1 avril 2013

Sugita Hisajo

Sugita Hisajo, née à Kagoshima en 1890 se fait connaître, comme beaucoup de femmes haïkistes, en participant à la revue Hototogisu (« Coucou ») fondée par Shiki et dirigée à ce moment par Kyoshi Takahama. Comme plusieurs autres, elle excelle à la fois en poésie et en calligraphie. Elle contribue à former Hashimoto Takako qui s’illustrera dans le haïku contemporain.

Une particularité de plusieurs de ses haïkus, outre la variété des thèmes, est la création d’une perspective en montrant à la fois un arrière-plan et un premier plan. Les fleurs sont souvent un prétexte pour utiliser ce procédé.

fleurs de volubilis
le ciel au-dessus de ce quartier
commence à s’ennuager


l’air frais d’automne
arrive aux fleurs d’hortensia
pays de Shinano

je coupe de la soie
des tiges de millets ondulent et s’entrelacent
à la fenêtre.

dans l’horrible foule
mon cœur s’est brisé
à la vue des lys innocents

temple en automne -
tirant violemment ses cheveux
une femme pleure

matin de froid-
tandis que j’allume le feu
l’enfant réveillé me rejoint

jour des chrysanthèmes-
en peignant mes cheveux mouillés
une pluie de gouttes

échos de voix d’un coucou
ils dominent la montagne
à volonté

enfoncé dans l’obi
trop serré et rigide
un éventail d’automne


kimono fleuri-
en se déshabillant s’accrochent
les différents cordons

Une lecture au second degré est souvent proposée pour ce dernier haïku. En effet, on veut y voir une volonté, pour Sugita Hisajo, de se dégager des  entraves qui maintiennent les femmes dans le rôle de mère au foyer. Elle affirme elle-même qu’elle n’éprouve aucun goût pour les tâches domestiques, se voyant totalement dédiée à son art, ce qui contraste fortement avec les mœurs de l’époque. Difficultés conjugales, idées suicidaires, maladie mentale, les différents auteurs ne s’entendent pas tous. Elle est morte, semble-t-il, dans un sanatorium en 1946.

Source : site Nekojita
Makoto Ueda, Far Beyond the Field. Haiku by Japanese Women – An Anthology. New York, Columbia University Press, 2003.
Haïjins japonaises, Du rouge aux lèvres. Anthologie traduite du japonais et présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku. La Table Ronde, 2008. 265 p.

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