lundi 6 octobre 2014

Températures fraîches



gelées matinales
le foin de mer
tourne au gris

dans Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009, p. 29

Photo : © Louise Vachon

samedi 13 septembre 2014

Le shinrin-yoku


La nature est, pour les haïkistes, une source d’inspiration infinie. Au Japon, on appelle shinrin-yoku (« bain de forêt ») l’activité de détente qui consiste à marcher en forêt. Des études récentes suggèrent que les espaces verts ont un lien avec la santé : on observe une amélioration de l’état émotionnel chez les personnes stressées et un taux de mortalité moins élevé chez les personnes âgées qui demeurent près d’un espace vert. (1)

« Il semble que les bénéfices ne proviendraient pas uniquement de la tranquillité mais également des composés organiques volatils émis par les arbres. Ces phytoncides, ou huiles essentielles, auraient des propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires et même anticancérigènes.

Des études sont en cours afin de comprendre l’effet de ces substances. Néanmoins, une large analyse japonaise comprenant des participants de 24 communautés a déjà démontré que l’environnement de la forêt diminue les facteurs d’inflammation, la concentration en cortisol ainsi que la pression artérielle. » (2)

Selon Christophe André, les balades en forêt entraînent également d’autres bénéfices tels « une amélioration des réponses immunitaires dont l’effet persiste environ un mois après deux jours de balade. » (3)

L’arbre et la santé du coeur

L’arbre serait notre meilleur allié contre la pollution, puisqu’il purifie l’air. En effet, il capte le CO2 et donne de l’oxygène, en plus d’absorber le bruit. Dans Le Devoir du 31 mai – 1er juin 2014, le Dr François Reeves parle même de « quantification des risques » en matière de pollution et de santé : avec le taux de pollution d’une ville, celui de l’industrialisation de son alimentation et le degré de verdissement, on peut maintenant déterminer le taux de mortalité liée aux maladies cardiovasculaires. Auparavant, on pensait que seules l’hérédité et l’alimentation avaient une incidence sur ces maladies. On sait maintenant que la pollution de l’air entraîne l’oxydation de nos artères.

On estime qu’en augmentant le taux de verdissement de 25 %, dans une ville comme Montréal, tout en diminuant la pollution, en favorisant les énergies vertes et le transport actif, on réduirait de 25 à 75 % le taux de mortalité dû aux maladies cardiovasculaires.

Photo : © Roger Joannette

Références :
(1)   Stephen Vida, « Les espaces verts urbains et la santé », La Presse, 16 avril 2010. http://www.lapresse.ca/opinions/201004/16/01-4271221-les-espaces-verts-urbains-et-la-sante.php
(2)   Lise Gobeille, « L’arbre au cœur de notre santé », Le Devoir, 31 mai – 1er juin 2014, p. D6.
(3)   Christophe André, Et n’oublie pas d’être heureux, Paris, Odile Jacob, 2014, p. 225-226.
Pour en savoir plus : François Reeves, Planète Cœur. Santé cardiaque et environnement. Montréal, Éditions du CHU Sainte-Justine et Éditions MultiMondes, 2011.


dimanche 13 juillet 2014

Rensaku - Printemps a cappella




Une nouvelle publication d’un collectif formé de Luce Pelletier, Stevie Strang, Kath Abela Wilson et moi-même. Après la parution de trois autres recueils sous la direction de Luce Pelletier, ayant pour thème les saisons, voici le petit dernier – et non le moindre – sur le printemps. Quatre poètes de haïku actives dans leur milieu – deux Québécoises, deux Californiennes – des visions différentes, des petits moments partagés dans des styles et des langages différents. Extrait :




du bleu et du vert
sur l’eau de la baie
rubans de pollen (LV)

long after
the song has ended
the scent of spring (SS)

silly goose
my bliss
at your touch (KW)

te murmurer
la saveur du fruit –
fleurs de pommier (LP)

soir de juin
le ciel encore bleu
et la lune de printemps (LV)

muguet
sous le pas
ivresse (LP)

your whistle at me
the taste of blue-eyed grass (KW)

long after
the song has ended
the scent of spring (SS)

Disponible auprès des auteures.


Illustration : Kath Abela Wilson

mercredi 11 juin 2014

Le Prix Jocelyne-Villeneuve


Depuis 2012, Haiku Canada attribue chaque année le Prix Jocelyne-Villeneuve. J’ai eu le plaisir de mériter une mention honorable au concours 2014, dont voici les gagnants :

1er prixCéline Landry :

Odeur de cigare
dans les papiers de succession
oh daddy daddy

2e prix – Huguette Ducharme :

griffes refermées
l’aigle emporte au ciel
un peu de mer

3e prixLucia Iubu (Roumanie) :

Au rendez-vous
toutes les couleurs de l’automne
mon bien-aimé absent

Mentions honorables :

Matin glacial
En passant sur le pont
Je traverse un nuage

Claire Andrée Bourgeois


jupe fendue
à chacun de ses grands pas
un éblouissement

Michel Betting, France


main tendue
vers le téléphone
– mais elle n’est plus

Carole Bourdages


un champ de neige
sous le vent du Labrador
le harfang immobile

Louise Vachon


effleurements
souffle contre souffle
les yeux gourmands

Patrick Fetu, France


Seule la lumière
peut la toucher –
feuille dans la glace

Eduard Tara, Roumanie


guerre civile –
des violettes sauvages
entourent les obus

Lavana Kray, Roumanie

mercredi 4 juin 2014

Jocelyne Villeneuve

Jocelyne Villeneuve (1941-1998) est née à Val-d’Or (Québec) et a passé la majeure partie de sa vie à Sudbury (Ontario). Titulaire d’un baccalauréat en bibliothéconomie, elle travaille à l’Université Laurentienne de Sudbury. Un grave accident de la route la laisse paralysée. Elle réoriente sa vie vers l’écriture. C’est l’une des premières femmes à avoir publié des haïkus en français. Elle est l’auteure de trois recueils : La saison des papillons (Naaman, 1980), Feuilles volantes (Naaman, 1985), et Marigolds in Snow (Penumbra, 1993). Un recueil, Bagatelles, est demeuré inédit. Elle a également publié une douzaine d’ouvrages – poésie, contes, récits, nouvelles – entre 1977 et 1998.

Pique-nique. La fourmi
sur la nappe quadrillée disparaît
dans un carreau noir.

Le jour s’anime.
Sur le feu, l’eau qui bout
à petit bruit.

Le ciel dans l’eau,
Les poissons se faufilent
sous les nuages.

Couleurs de l’été
mêlées aux cris d’un enfant
qui n’est pas le mien…

J'entends la grive -
Derrière moi, les notes oubliées 
d'un autre été.

Le geai s'envole.
La branche où il était perché
continue de vibrer.

la lune de la faim
me regarde dormir
j'ai quarante ans

Fête du Travail
découverte au retour du chalet
le calendrier indique juin

jour d'hiver
un couple se partage
un seul sachet de thé

Références :

lundi 26 mai 2014

Un petit lièvre



Vu dans le Parc national du Bic et j’ai réussi à le photographier.


matin de mai
un lièvre sur la plage
écoute la mer

dans Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009.

Photo : © Louise Vachon

lundi 19 mai 2014

1914-2014


La Première Guerre mondiale : 60 millions de soldats y ont pris part. Le conflit a fait 9 millions de morts, 12 millions de blessés. En ce centenaire de la Première Guerre mondiale, revenons sur quelques haïkus («haï-kaï») qui ont été écrits à cette époque.


Sur son chariot mal graissé,
L'obus très haut, pas pressé,
Au-dessus de nous a passé.


Comme une balle élastique,
Projeté par le tapis,
Il bondit, bondit, bondit.

Dans des splendeurs voltaïques
Tourbillonnent des corps ailés…
Au-dessus d’un grand filet.

Après ces éblouissements
Nous ramenons, dans la nuit noire,
Le désespoir de nos enfants.

Avec la terre
Leurs corps célèbrent des noces
Sanglantes.

Parmi ces débris, ramassez
Ce qui peut être encore utilisé.
Vous laisserez le reste.

Sentir
Que tout l'être s'effondre 
Dans la faim, le froid et la peur.

Julien Vocance
Mai 1916
Le recueil Cent visions de guerre a été composé au front, dans la boue des tranchées, où le poète a perdu l'oeil gauche.

L’obus en éclats
Fait jaillir du bouquet d’arbres
Un cercle d’oiseaux.

Trou d’obus où cinq cadavres
Unis par les pieds rayonnent,
Lugubre étoile de mer.

Georges Sabiron
Soldat au 149e d’infanterie, Georges Sabiron a été tué dans les tranchées d’Arcy-Sainte-Restitue, quelques mois après avoir écrit ces haï-kaïs que La vie a publiés en mars 1918.

Surgit de l’herbe verte,
Des coquelicots à la main,
Le major ventru.

Mes amis sont morts.
Je m’en suis fait d’autres.
Pardon…

René Maublanc
19-20 juillet 1917


À lire :
Nouvelle revue française :
Haïkus de René Maublanc :
Julien Vocance, Le livre des haï-kaï :

Dominique Chipot, En pleine figure. Haïkus de la guerre de 14-18. Paris, Ed. Bruno Doucey, 2013.