dimanche 16 décembre 2012

Déjà l'hiver




les grelots
du verglas dans les arbres
musique de Noël


dans Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010, p. 8.


Photo : © Louise Vachon

dimanche 2 décembre 2012

Bashô

Bashô (1644-1694), né Kinsaku Matsuo et connu plus tard sous le nom de Munefusa Matsuo, est reconnu comme l’un des quatre grands maîtres incontestés du haïku, avec Issa, Shiki et Buson. Sans entrer dans tous les détails, on sait qu’il est issu d’une famille de guerriers gentilhommes (bushi) et qu’il s’intéresse à la poésie dès l’adolescence. Plus tard, il fondera une école de haïku, L’Ermitage au bananier, ce qui lui vaudra son surnom de Bashô (bananier). Il vivra une vie simple, entouré de ses disciples littéraires qui partagent avec lui sa passion.

Bashô est connu, à son époque, davantage comme un maître du renga ou renku, une suite de poèmes liés (haïkus, tankas) composés par plusieurs personnes, et également pour ses haïbuns, un mélange de prose et de haïkus, qu’il utilise dans ses journaux de voyage. D’ailleurs, dans le renga, le premier poème de cet enchaînement est nommé « hokku ». C’est ce premier poème qui deviendra « haïku » à l’époque Meiji et pourra être considéré comme indépendant de toute suite poétique.

Bashô est influencé par les poètes chinois de la dynastie T’ang, en particulier Tu Fu, Li Po et Po Chü-i. Bashô admire également les tankas de Saigyô (1118-1190) et les rengas de Iio Sôgi (1421-1502). Tous ces poètes ont une esthétique d’austérité. Ils écrivent souvent sur la solitude, quelquefois en y intégrant une touche d’humour et d’ironie. Quelques haïkus de Bashô :

vieil étang
une grenouille saute
le bruit de l’eau (1686)

Viens
allons voir la neige
jusqu’à nous ensevelir!

Nuit d’été –
le bruit de mes socques
fait vibrer le silence

Au fond de la jarre
sous la lune d’été
une pieuvre rêve

Ah coucou!
agrandis encore
ma solitude

Les cigales vont mourir –
mais leur cri
n’en dit rien

Dans le goût mordant du radis
je sens
le vent d’automne

Pour poursuivre la réflexion : William J. Higginson with Penny Harter, The Haiku Handbook. Tokyo, Kodansha International, 1985. 331 p.
Corinne Atlan et Zéno Bianu, Haïku. Anthologie du poème court japonais. Paris, Gallimard, 2002.
Hervé Collet et Cheng Wing Fun, Bashô, maître de haïku. Paris, Albin Michel, 2011.
Illustration tirée de : École de Basho, L’imperméable de paille du singe. Adaptation de Georges Friedenkraft et Majima Haruki. Association française de haïku, 2011.

dimanche 18 novembre 2012

Cap Tourmente



grandes migrations
on entend des coups de feu
sur les battures


tiré de Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009.

vendredi 9 novembre 2012

Prison de Tranströmer

Tomas Tranströmer, prix Nobel de littérature 2011, a déjà été psychologue auprès de jeunes en difficulté dans les années 50. En 1959, il visite un collègue, également poète, Ake Nordin, à l’établissement de détention pour jeunes, Hällby, au sud de la Suède. Plus tard cette année-là, il envoie à son ami neuf haïkus qui traduisent la vie de ces jeunes. Ces haïkus seront présentés au public anglophone en un bref recueil agrémenté d’illustrations, en 2011. Prison (Fängelse), fait l’objet d’un chapitre dans Baltiques, les œuvres complètes de Tomas Tranströmer, parues en français en 2004. En voici quelques-uns :

Ils jouent au football
soudaine confusion – la balle
a fait le mur.

Des vies mal épelées –
la beauté subsiste sous forme
de tatouages.

Quand on reprit le fugitif
il avait les poches pleines
de chanterelles.

Le garçon boit du lait
et s’endort tranquille dans sa cellule
une mère de pierre.

Source : Tomas Tranströmer, Baltiques. Paris, Gallimard, 2004.

mercredi 31 octobre 2012

dimanche 21 octobre 2012

Issa

Kobayashi Issa (1763-1828) est considéré comme l’un des quatre grands maîtres du haïku traditionnel japonais avec Bashô, Buson et Shiki. La vie d’Issa est marquée par une suite de malheurs personnels, entre autres la mort de sa mère lorsqu’il est très jeune, et la pauvreté. Il se marie trois fois. Il a quatre enfants de sa première femme qui mourront tous en bas âge. Après le décès de sa femme, il se remarie, mais ce deuxième mariage ne dure que quelques mois. Il aura une fille avec sa troisième épouse, qu’il ne connaîtra pas puisqu’il meurt avant sa naissance.

Il a écrit environ 20 000 haïkus. Son style particulier se distingue par une tendance à l’autoportrait et, profondément humain, Issa fait intervenir ses sentiments personnels, ce qui contraste avec les règles officielles du haïku. Joie, colère, ironie, tristesse, sont exprimés souvent dans des dialogues imaginaires avec les fourmis, libellules, papillons, oiseaux, etc.

Oiseaux de passage,
ne vous querellez pas en volant
frères faits pour vous entraider.

Autour de ma cabane
les grenouilles rabâchent –
tu vieillis tu vieillis

Venez avec moi
pour jouer,
moineaux qui n’avez plus de parents.

Être là,
tout simplement,
au milieu de la neige qui tombe.

Ne possédant rien
comme mon cœur est léger
comme l’air est frais

Même mon ombre
est en pleine forme
premier matin de printemps

Seul
prenant mon repas
le vent d'automne

Papillon qui bats des ailes
je suis comme toi –
poussière d’être!

Être rien qu’en vie
à l’ombre des cerisiers
cela est miracle

On peut s’abonner au haïku du jour d’Issa sur Twitter (en anglais).

Source : Anthologie de la poésie japonaise classique, Paris, Gallimard, 1971.
Corinne Atlan et Zéno Bianu, Haïku. Anthologie du poème court japonais. Paris, Gallimard, 2002.

samedi 6 octobre 2012

Lire le haïku

marées d’automne
rejetés sur la grève
les concombres de mer

tiré de Laisse de mer, Éditions du Glaciel, 2009.

Contrairement aux formes conventionnelles de poésie, le haïku ne doit pas chercher à faire joli, à produire un effet, mais à révéler le réel tel qu’il est. Le lecteur de haïku demeure dans l’ici et maintenant, il accueille ce qu’il lit sans jugement, tout en demeurant attentif à ses perceptions sensorielles pour recréer en lui-même ce que le haïkiste a vécu. Certains y voient là des rapprochements à faire avec la méditation zen, puisque, semblable à la méditation orientale, le lecteur doit laisser tomber ses jugements, ses a priori, ses idées préconçues.

Le haïku ne renferme aucun sens caché, aucune signification symbolique. Le lecteur doit arriver à recréer en lui l’atmosphère qui a présidé chez l’auteur à la création du haïku. La lecture à haute voix est parfois une aide précieuse.

Dans le cas du haïku qui nous occupe, celui-ci a été écrit lors d’une promenade, à marée basse, en bordure de l’estuaire du Saint-Laurent. Phénomène inhabituel, la grève était jonchée de concombres de mer. Le concombre de mer (Cucumaria frondosa) est un animal qui vit sur les fonds marins, parfois jusqu’à 350 mètres de profondeur, et qu’on ne voit pas à la surface de l’eau. Pour en trouver sur le rivage, on peut soupçonner qu’il y ait eu une force peu commune pour brasser les concombres de mer au point qu’ils soient éjectés de l’eau. Après lecture, la construction mentale qui se crée chez le lecteur sera probablement en lien avec le mauvais temps associé à l’automne, la force des marées qui rejettent, détruisent, et finalement laissent présager l’hiver et ses tempêtes.