jeudi 6 janvier 2011

Épiphanie et créativité

Aujourd’hui, 6 janvier, fête de l’Épiphanie. Pour l’écrivain irlandais James Joyce, une épiphanie est une manifestation spirituelle, un moment privilégié et fugitif de créativité que l’écrivain doit enregistrer et traduire dans l’écriture, sous la forme d’un petit poème en prose. En ce sens, l’épiphanie se rapproche du haïku. Philippe Forest[1] parle du haïku de Roland Barthes (auteur de L’empire des signes), en relation avec l’épiphanie au sens joycien du terme (p. 163) :
         « Barthes reconnaît dans l’épiphanie quelque chose d’analogue à ce qu’il nomme pour sa part « incident » - où quelque chose survient, apparaît – et dont il souligne l’affinité avec le haïku, par quoi se manifeste une certaine figure de la vérité, qui s’exprime dans la littérature japonaise selon la théorie zen du satori. (…) Le texte bref, explique Barthes, est expression du « C’est ça » - soudaine révélation du réel surgissant dans la nudité même d’une apparition irréductible à tout commentaire. En ce sens, épiphanie et haïku s’apparentent à la photographie, livrant également une expérience du « C’est ça ». (…)
Par le poème – haïku ou épiphanie – comme par la photographie, quelque chose fait image et (…) a valeur de marque laissée dans le temps par un évènement, évènement qui ne peut pas être exactement raconté mais comme désigné, pointé du doigt de manière à faire signe vers un certain moment de vérité…»
Joyeuses épiphanies !


[1] Philippe Forest, « Haïku et épiphanie : avec Barthes, du poème au roman », Ebisu,  numéro 35, printemps-été 2006, pp. 159-165

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