mercredi 1 février 2012

L'art presque perdu de ne rien faire

Dany Laferrière, dans son tout dernier livre, L’art presque perdu de ne rien faire, nous invite à voir le monde à sa façon. Sous forme de chroniques, l’écrivain met en scène un art de vivre bien particulier qui souhaite capturer l’instant. Incidemment, en lisant certains passages, je voyais des haïkus répondre à ses affirmations. Voyons plutôt :

La fourmi n’est pas à moi

«Si je renversais la situation en me laissant posséder au lieu de chercher à posséder ? (…) Un temps pour apprécier cette nouvelle situation avant de commencer à énumérer, avec un étonnante jubilation, tout ce à quoi j’appartiens : le ciel ne m’appartient pas, j’appartiens au ciel ; la lune ne m’appartient pas, j’appartiens à la lune ; les étoiles ne m’appartiennent pas, j’appartiens aux étoiles ; la rivière ne m’appartient pas, j’appartiens à la rivière ; la fourmi ne m’appartient pas, j’appartiens à la fourmi ; l’arbre ne m’appartient pas, j’appartiens à l’arbre ; l’enfance ne m’appartient pas, j’appartiens à l’enfance ; la mort ne m’appartient pas, j’appartiens à la mort. Je vais partout libre puisque je ne possède plus rien.» (p. 94)

Ne pense-t-on pas au poète Issa qui affirme :

Ne possédant rien
comme mon cœur est léger
comme l’air est frais

Ou encore ceci :

«… le plus beau voyage dans le temps que je connaisse, c’est celui que procure la lecture. On vous croit dans cette pièce alors que vous vagabondez dans d’autres siècles. Et cela sans faire le moindre bruit.» (p. 97)

Tiens, une association d’idées  – coïncidence ! – avec l’un de mes haïkus publiés dans Gong 34 :

ouvrir un livre
et voyager sans bagage
dehors la pluie

Enfin, un autre passage :

 «Ce serait difficile d’implanter une dictature dans une société où le froid atteint parfois -40 degrés avec le facteur vent. La glace nous emprisonne dans notre individualité au point d’éteindre en nous tout rêve collectif. Alors que la dictature a besoin de foules spontanées (en chômage) et bigarrées (légèrement vêtues), disponibles à toute heure, pour envahir les rues au péril de leur vie.» (p. 181)

Ne voit-on pas, encore une fois, Issa célébrer l’hiver, à travers une sereine solitude ?

Être là,
tout simplement,
au milieu de la neige qui tombe

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