mercredi 13 avril 2011

Poésie indienne : Rabindranath Tagore

Rabindranath Tagore (1861- 1941) est un écrivain indien, né à Calcutta. Il a produit une œuvre immense : plus de 50 recueils de poèmes, 14 romans, 12 recueils de nouvelles, 14 pièces de théâtre, plus de 63 volumes traitant entre autres d’art, de politique et de philosophie. Il a également laissé des récits de voyage, une autobiographie et une correspondance publiée en 12 volumes. Artiste multidisciplinaire, il était aussi peintre et musicien. Il a ainsi laissé environ 2 500 toiles et dessins, trois opéras et 2 500 chansons, en plus d’avoir composé l’hymne national de l’Inde et celui du Bengladesh. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1913. En 1916, il effectue un voyage au Japon. Il est frappé par le haïku, qui exerce une influence sur son écriture : il produira plusieurs recueils d’aphorismes*, dont Stray Birds (Les oiseaux de passage, 1916), et Fireflies (Lucioles, 1926). En voici quelques-uns :
6. Si vous versez des larmes quand le soleil vous manque, vous ne verrez pas les étoiles.
18. Ce que tu es, tu ne le vois pas ; ce que tu vois n’est que ton ombre.
21. Ceux-là qui portent leur lanterne sur le dos sont précédés de leur ombre.
48. Les étoiles ne craignent pas d’être confondues avec les lucioles.
101. La poussière reçoit des insultes et rend des fleurs.
126. Les galets ne sont pas façonnés à coups de marteaux, mais par l’enchantement de la danse des eaux.
165. Des pensées passent en mon esprit comme une volée de canards dans le ciel.
J’entends la voix de leurs ailes.
Source : Rabindranath Tagore, Les oiseaux de passage, Montréal, Éditions du Noroît, 2008.
On peut lire Fireflies en anglais.
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* Aphorisme : courte phrase qui énonce une pensée ou qui amène à réfléchir. Un aphorisme n’est pas un haïku mais on peut y voir une parenté de sens au niveau de la concision et de la création d’une image mentale.

mercredi 6 avril 2011

Poésie et haïku : Alphonse Piché

Alphonse Piché (1917-1998) est un autre poète québécois qui a pratiqué l’art du haïku. On remarquera que l’écrivain fait parfois appel à la métaphore pour traduire son regard sur le monde. En voici quelques-uns, tirés de Néant fraternel (Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1991) :
Visage à la vitre
un enfant éternel
regarde le vide

Par les bâtiments
les hirondelles tricotent
l'espace et le temps

Dans un matin blond
les outardes sur la ville
en rang d'oignons filent

Des corneilles craillent
dans un orme desséché
dentelle du jour

samedi 2 avril 2011

Des outils pour les haïkistes (2)


Pour devenir haïkiste ou s’améliorer dans l’art du haïku, il faut lire ce qu’écrivent les auteurs classiques japonais, mais aussi nos pairs, ces artisans du haïku au quotidien.
Un outil intéressant à cet égard : Ploc¡ La revue du haïku, publiée par les passionnés de l’Association pour la promotion du haïku. Il s’agit ici d’une revue gratuite en format électronique téléchargeable. Des thématiques, des haïkus classiques, des haïbuns*, bref une belle revue de création à s’offrir tous les mois.
À consulter aussi : La lettre du haïku, une lettre mensuelle d’information qui nous renseigne sur le monde du haïku en ébullition, ses activités et ses publications.
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*haïbun : texte littéraire mélangeant prose et haïku

samedi 26 mars 2011

L'esprit du haïku souffle où il veut

«C’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne des vieilles pommes.»  Félix Leclerc, Rêves à vendre, Nouvelles éditions de l’Arc, 1984.
Le poète québécois Félix Leclerc (1914-1988) n’a pas été reconnu comme étant un haïkiste. Toutefois, ses poèmes et ses pensées rassemblés dans ses différents carnets*  traduisent parfois cette parole unique, cet esprit du haïku. À titre d’exemple :

Première neige cette nuit
Mais la trace de tes petits pas est absente.
Ce temps-là est loin !

Avec sa machine invisible
avril fait fondre vingt pieds de neige
et fait éclore mille perce-neige

Toute circulation aérienne interdite ce matin
à cause de la brume.
J’ai vu passer un moineau.

Quelle solitude
dans la lettre qu’écrit à ses parents
le pensionnaire de dix ans !
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* Le Calepin d’un flâneur, Fides, 1961.
Le Petit Livre bleu de Félix ou le Nouveau Calepin du même flâneur, Nouvelles éditions de l’Arc, 1978.
Rêves à vendre ou Troisième calepin du même flâneur,  Nouvelles éditions de l’Arc, 1984.
Dernier calepin, Nouvelles éditions de l’Arc, 1988.

mercredi 16 mars 2011

Des outils pour les haïkistes


Un de mes plaisirs de haïkiste : lire la revue Gong, éditée par l’Association française de haïku dont je suis membre. Publiée quatre fois l’an, la revue présente des dossiers approfondis sur des thèmes reliés au haïku, des recensions de livres et d’autres publications et une belle sélection de haïkus et de senryüs*. Je la reçois toujours avec plaisir. Soulignons ici tout le travail de ces bénévoles qui contribuent à faire de Gong une revue littéraire de qualité. On peut même lire les anciens numéros.
Un de mes haïkus publiés dans la revue :
dimanche sur le fleuve
trois canards dorment
leur sommeil léger
                                                             (Gong, janvier-mars 2011)
*senryü : haïku, souvent satirique, tourné vers d’autres sujets que la nature

dimanche 6 mars 2011

Hivernité

                                                              (photo : Roger Joannette)

Quelle randonnée magnifique en raquettes dimanche dernier au Mont Saint-Pierre ! L’hiver est à son meilleur ici : une neige poudreuse, une température pas trop froide (-14). Dix-huit kilomètres de pur bonheur ! Inspirant.
après-midi d’hiver
le plaisir de la raquette
mes pas dans les tiens
(Hivernité, Éditions du Glaciel, 2010)

samedi 26 février 2011

Haïkus anciens II

Simone Routier (1901-1987) est écrivaine, journaliste et diplomate. Son premier recueil de poésie, L’immortel adolescent, publié en 1928, renferme 14 haïkus qu’on appelait à cette époque « haïkaïs ». Simone Routier obtient l’année suivante le prix David pour ce recueil de poèmes. En voici quelques-uns :
Violon lointain
Meubles bas, jour au déclin,
Notre cher silence . . .
Mon coeur qui t’attend
Toujours le silence,
Et l’immense effeuillement . . .
Pavés désertés,
Chaude, étrange avalanche:
Juillet, un dimanche
Élégantes verreries
Parfums exhalés:
Bonheurs en allés . . .